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Orwell, le libéralisme de la vérité

3 min
À retrouver dans l'émission

Quelques conseils de lecture pour un week-end studieux.

George Orwell , l’auteur du fameux roman d’anticipation « 1984 » s’engagea, comme nombre d’intellectuels de gauche, dans la guerre d’Espagne du côté républicain. Il y fut blessé et manqua de peu d’y laisser sa peau, une balle franquiste lui ayant traversé la gorge. Mais ce qu’il vit sur place, du côté républicain, ne lui plut pas du tout : les communistes, encadrés par des agents de Moscou, faisaient la chasse aux socialistes révolutionnaires du POUM, dans les milices duquel Orwell combattait.

Rentré à Londres, il voulut témoigner : la presse de gauche lui demanda de se taire, afin de ne pas affaiblir la cause des Républicains. Expérience traumatisante. Par la suite, Orwell allait se battre pour que la vérité ne soit jamais sacrifiée aux nécessités politiques de l’heure .

Jean-Jacques Rosat , qui a préfacé chez Agone, un recueil d’Ecrits Politiques d’Orwell, préface, cette semaine, chez le même éditeur, un essai bien enlevé et solidement argumenté, intitulé « Orwell ou le pouvoir de la vérité ». Son auteur, James Conant, y explique pourquoi Richard Rorty n’a rien compris à Orwell pourquoi surtout, en tant que théoricien du relativisme, il ne pouvait rien y comprendre.

Rorty pense, en effet, que l’objectivité est un mythe,qu’il est illusoire de prétendre tenir un discours « axiologiquement neutre », c’est-à-dire libre des préjugés de son auteur et des valeurs de la communauté à laquelle il appartient bref, que le seul genre de vérité qu’on puisse produire, c’est un énoncé qui rencontre l’approbation de son groupe d’appartenance. Il n’y a pas LA vérité, chacun a SA vérité.

Orwell, au contraire, prétend que « les faits existent en dehors de nous », qu’on « peut les découvrir ». Et son roman, « 1984 », est destiné à montrer comment le totalitarisme tend précisément à brouiller la frontière entre la vérité et le « ce qui doit-être-tenu-pour vrai », pour convenance politique : la fausse vérité de l’heure, celle qu’on réarrange en fonction des nécessités politiques. Lorsqu’on interdit à la vérité de se dire, c’est qu’on prétend dissimuler certaines vérités. Or, le « libéralisme d’Orwell », écrit Rosat, est lié au concept de vérité objective.

De libéralisme , il est beaucoup question cette semaine, avec la parution de la somme anthologique, publiée par Alain Laurent et Vincent Valentin, sous le titre « les penseurs libéraux ». Alain Laurent dirige, aux Belles Lettres, « les classiques de la liberté », consacrée aux grands auteurs libéraux et il connaît son affaire. Des Lumières françaises à Mario Vargas Llosa, c’est un vaste panorama qu’il dresse. Mais son libéralisme refuse absolument d’héberger cette gauche américaine qui se proclame « liberal ». John Rawls , en particulier, dont la Théorie de la justice est considéré par une spécialiste du libéralisme anglo-saxon comme Catherine Audard, comme une espèce de point d’aboutissement de la pensée libérale, est exclu en tant que « collectiviste ». D’autres libéraux de gauche n’ont pas non plus trouvé leur place dans l’anthologie d’Alain Laurent, comme Judith Shklar (à découvrir !) ou Amartya Sen .

Alain Policar , qui vient de publier aux Editions du CNRS, un livre intitulé « le libéralisme politique et son avenir », crédite, au contraire, Rawls d’avoir su réconcilier le principe de liberté avec celui d’efficacité sociale. Mais il est vrai qu’il ne défend que le libéralisme politique, et non le libéralisme économique, allant jusqu’à prétendre que les penseurs classiques du libéralisme politique, comme Tocqueville et Benjamin Constant ont été d’aussi bons critiques du capitalisme que Marx lui-même.

En tous cas, une chose est sûre : le libéralisme, qui était mis en accusation par tout le monde il y a quatre ans, pour la crise des subprimes, connaît ces jours-ci une nouvelle faveur éditoriale : l’an dernier, Michel Guénaire a publié de son côté chez Fayard une Anthologie intitulée « Les deux libéralismes », qui était également bien faite. Sans oublier le manuel du parfait petit libéral publié par le collectif La Main Invisible , sous le titre « Libre ».

On saura un peu mieux de quoi l’on parle…

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