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Paul Krugman et les coûts du changement climatique

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À retrouver dans l'émission

Bonjour. Quelques idées de lectures sur le net.

On a dit de Paul Krugman, auteur prolifique, qu’il était « le meilleur interprète de Keynes » dans le monde contemporain. Prix Nobel d’économie, il est aussi historien et professeur de relations internationales. Chroniqueur au New York Times, son blog est l’un des plus lus des Etats-Unis. La France, dont l’intelligentsia a troqué son ancien marxisme pour le keynésianisme, l’apprécie et c’est réciproque : cette semaine, il est venu au secours de notre pays, critiquant la dégradation de notre note par Standard and Poor’s. Il vient de publier un article très intéressant dans la New York Review of Books, consacré à la recension d’un livre intitulé « The Climate Casino », dont l’auteur, William Nordhaus, est un pionnier d’un courant cherchant à mettre en commun ce que nous savons de l’économie et du climat, le Modèle d’évaluation intégré – en anglais Integrated assessment model (IAM).

Il est difficile de faire des prédictions concernant l’avenir lointain, concède Krugman, mais une chose dont nous pouvons être sûr, c’est que chaque baril de pétrole brûlé aujourd’hui, ce sera un baril de moins pour nos descendants. Or, si Nordhaus conteste fortement les calculs de Nicholas Stern – sur l’économie du changement climatique, qu’il juge exagérément pessimiste, il ne conteste ni la réalité du changement climatique, ni son origine humaine. Mais à la différence de Stern, il y voit quelques aspects positifs – de meilleurs rendements agricoles, en particulier – à côté d’innombrables conséquences désastreuses. En particulier des accidents climatiques, comme les ouragans et surtout, l’acidification des océans.

Plusieurs économistes tenant du modèle IAM en appellent à la géo-ingénierie – la manipulation délibérée du climat – afin de compenser les effets du réchauffement climatique. Nordhaus n’écarte pas cette perspective, mais pense plus urgent de limiter les émissions de gaz à effets de serre. Il préconise plutôt une taxe destinée à internaliser le coût marginal social des activités polluantes – ce que les économistes appellent une « taxe pigouvienne ». Mais une alternative consiste à distribuer – en les limitant – des permis de polluer et de les laisser s’échanger sur un marché. Ce que les économistes appellent un « système de plafonnement et d’échange » (en anglais cap and trade). Les Etats-Unis y ont eu recours avec succès pour mettre fin aux pluies acides.

Krugman estime que le plus urgent est de réduire drastiquement la consommation e charbon et son utilisation pour produire de l’électricité – sauf si l’on parvient réellement à capturer les émissions de CO². Enfin, il prône la réduction de consommation des énergies fossiles et une forte hausse des prix de l’électricité. Pas un mot sur le nucléaire…

Connaissez-vous Franz Oppenheimer ? Moi non plus. J’avais repéré un de ses textes dans l’anthologie consacrée, par Monique Canto-Sperber, au Socialisme libéral, il y juste dix ans. Cet intellectuel allemand, médecin de formation, qui occupa la première chaire de sociologie jamais créée en Allemagne, fut aussi un théoricien sioniste et finit sa vie aux Etats-Unis. Les Belles Lettres viennent de publier son ouvrage le plus important, Moyens économiques contre moyens politiques. Oppenheimer était l’ancêtre des libertariens de gauche : il refusait toute émancipation qui serait passée par le renforcement du pouvoir politique et misait, au contraire, sur un renforcement de la concurrence non faussée entre individus remis à égalité entre eux. Il avait imaginé un système social basé sur la coopération libre et le libre échange qui ne devait pas être utopique, puisque l’un de ses élèves est devenu, plus tard, chancelier d’Allemagne fédérale : Ludwig Erhard.

Les liens sont sur le site de la chronique, L’hebdo des idées. Bonne lecture. Bon week-end sur France Culture et au plaisir de vous retrouver lundi aux Matins.

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