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Un "droit de croire" ?

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À retrouver dans l'émission

Bonjour. Des conseils de lectures sur le net, pour le week-end.

Sur le passionnant site Eurozine, qui recense les principaux articles parus dans les revues intellectuelles européennes, je vous conseille un état des lieux assez complet du débat sur le multiculturalisme en Grande-Bretagne. Le multiculturalisme est-il sur la sellette, a-t-l battu en retraite, sous le coup des critiques que lui ont adressé certains politiques, ces dernières années ? Non, répondent les auteurs, Tariq Modoo et Varun Uberoi. Lorsqu’on parle du multiculturalisme, en réalité, on mélange trois choses : une réalité socio-culturelle de sociétés, renouvelées par l’afflux de vagues d’immigration, des politiques publiques visant ou non à lutter contre les discriminations dont sont victimes les minorités, enfin, une idéologie, valorisant en tant que telles ces minorités, leur culture, leur estime de soi.

Ce qui a sans doute changé, c’est la prise de conscience que les transformations que subit l’identité nationale doit amener celle-ci à se redéfinir comme inclusive . Un autre changement notable du « multiculturalisme d’Etat » a vu les politiques insister davantage que par le passé sur la nécessité de concorde avec l’environnement local. Le séparatisme communautaire inquiète on a donc cherché à favoriser le regroupement local. Mais c’est au risque de remplacer les micro-communautarismes ethniques par des micro-communautarismes résidentiels.

On observe aussi un chassé-croisé dans l’évolution des deux grands partis : à gauche, le Labour, longtemps promoteur de la diversité en tant que telle, appuie dorénavant une identité nationale civique , redéfinie à partir de la notion d’inclusion. Les conservateurs qui, au temps de Thatcher et de John Major, mettaient l’accent sur la préservation de l’identité nationale traditionnelle, la Britishness, plaident à présent pour une « identité nationale ouverte à tous ».

Aux Etats-Unis comme en Europe, les enseignants débattent des limites qui peuvent être posées au respect des croyances religieuses. Sur le site de la revue en ligne Aeon, un professeur de philosophie de l’Université de Miami, Mark Rowlands raconte comment un de ses collègues s’est vu interdire par le doyen d’aborder la question des preuves de l’existence de Dieu dans son cours, sur la plainte d’un étudiant. Celui-ci estimait que son « droit de croire » avait été mis en cause par le professeur.

Mais qu’est-ce que ce droit à la croyance ? En son nom, pourrait-on interdire d’enseigner Marx, sous prétexte que certains étudiants croient à l’économie de marché ? Bien sûr, tout le monde a le droit de croire en ce qu’il veut, à condition d’être disposé à discuter de manière rationnelle des raisons qui l’ont poussé à telle croyance et l’y confortent. Vous avez le droit de croire que Dieu a créé l’univers, comme j’ai le droit de croire, à l’inverse, que l’univers procède d’un phénomène naturel et non surnaturel, poursuit Mark Rowlands.

Mais la mise de votre croyance à l’abri de toute discussion ou réfutation, au nom d’un prétendu « droit de croire » implique qu’on m’interdise, à moi, de vous exposer les raisons de ma propre incroyance… Mais le pire, c’est lorsque la revendication du « droit à la croyance » débouche sur un « devoir de protection » de cette foi . Car alors, la société éclate en une multiplicité de groupes de croyance, bloqués dans leurs fois respectives et mis dans l’incapacité de discuter entre eux.

Il faut lutter pour conserver le droit d’examiner la solidité des croyances religieuses. On ne saurait nous imposer des prêches absurdes en une foi incitant à la violence. On a le droit de discriminer entre les croyances , car toutes ne se valent pas. Tout le monde comprend qu’on n’offre pas une tribune à un hitlérien, appelant au massacre des minorités qui lui déplaisent….

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