LE DIRECT

What was democracy ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Bonjour. Des idées de lectures sur le net et hors Hexagone

Je vous recommande un long article au titre provocateur qui vient de paraître sur la revue en ligne américaine The Nation, « What was democracy ? ». Quoi ? On parle au passé d’un régime politique dont Fukuyama, il y a vingt ans, a prophétisé l’inéluctable extension à l’ensemble de la planète ! Certes, la démocratie paraît se répandre. Mais à côté de l’Inde, une grande démocratie qui ressemble effectivement aux nôtres, bien des « démocraties », affirment les auteurs, ne constituent que des plaquages de procédures électorales sur des systèmes sociaux traditionnels – clientélisme, patronage, tribalisme. Cas de la Turquie et de la Thaïlande, par exemple, lorsqu’on sort des grandes villes.

Le prestige de la démocratie tient à ce que, durant tout le XX° siècle, elle a coïncidé avec le progrès économique, l’élévation du niveau de vie, l’extension des possibilités de réalisation individuelle. Mais l’explosion des inégalités sociales, documentées par Piketty aux Etats-Unis, menace à présent le cœur même du système. En Europe, la croissance spectaculaire du niveau de vie, dans les trois décennies de l’après-guerre, résultait d’un rattrapage. Elle s’est accompagnée d’un système de protection sociale qui a été l’œuvre de la social-démocratie. Mais cet Age d’or est derrière nous et la social-démocratie est idéologiquement épuisée à force de s’être identifiée avec la défense des intérêts acquis. Elle est devenue une force conservatrice, nostalgique. A présent, de bons auteurs comme l’Allemand Ulrich Beck peuvent bien rêver d’un « nouveau contrat social pour l’Europe », mais ce n’est pas en changeant d’échelle qu’on pourra rétablir le monde d’autrefois.

En outre, nos propres démocraties européennes sont actuellement les otages de deux forces qui les tirent à hue et à dia. D’un côté, une technocratie très compétente, rendue nécessaire par la grande complexité de nos systèmes de gouvernance de l’autre, des mouvements populistes qui promettent de corriger les injustices par des moyens plus expéditifs. Le modèle Mario Monti face au modèle Marine Le Pen.

Plus généralement, la puissance d’attraction du modèle démocratique reposait depuis deux siècles sur deux phénomènes : primo la nation la plus puissante du monde était toujours une démocratie (la Grande-Bretagne, puis les Etats-Unis) secundo, les citoyens des Etats démocratiques connaissaient un niveau de vie supérieur à celui de leurs parents. Cette époque se termine. Nul ne peut dire si la démocratie lui survivra. A lire dans The Nation.

Pour l’universitaire Harold James, le résultat des élections européennes qui viennent d’avoir lieu comporte une bonne et une mauvaise surprise. La bonne, c’est que la plupart des pays européens approuvent la logique d’intégration. La droite populiste a été battue aux Pays-Bas, la chancelière allemande a emporté une nouvelle victoire politique, mais celle du président du conseil italien est plus éclatante encore, dans un pays durement touché par la crise financière et soumis à des réformes radicales. La mauvaise nouvelle, c’est la victoire des partis populistes dans deux pays de l’Union et non des moindres – la France et le Royaume Uni . Ce résultat s’explique, d’après Harold James, par le fait qu’il s’agit de deux anciennes puissances impériales dont les peuples n’ont pas pris acte de la nécessité de nouvelles interconnexions dans le monde redessiné par la globalisation.

Deux pays qui présentent de graves faiblesses économiques : avoir trop misé sur la finance, pour le Royaume Uni trop dépendre de très grandes entreprises, sans disposer d’un réseau d’entreprises moyennes exportatrices, pour la France. Un autre son de cloche que celui des médias français qui feignent de croire à une poussée populiste anti-austérité à l’échelle de l’Europe entière. A lire sur Project Syndicate.

Bon week-end sur France Culture et au plaisir de vous retrouver lundi aux Matins.

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......