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"Exégèse du rien"

Depuis l’investiture d’Emmanuel Macron, et surtout depuis hier 15 heures, il se passe quelque chose d’inouï…

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Oui, quelque chose d’inouï : rien. Pas de gouvernement, zéro, que dalle, makash, wallou. On l’attendait pour hier et puis voilà, tout ce que la France compte de commentaire a du commenter le rien.

"Exégèse du rien"
"Exégèse du rien" Crédits : STEPHANE DE SAKUTIN - AFP

Mais comme nous sommes sur France Culture, cette absence de gouvernement ne doit pas nous empêcher de philosopher. Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?, se demandait Leibniz. Pourquoi y a-t-il rien plutôt que quelque chose ?, lui répond Emmanuel Macron, repris en boucle par BFM, LCI et consorts. Ce dont on ne peut parler, il faut le taire disait Wittgenstein. Ce dont on ne peut parler, il faut le dire, lui répondent les chaines d’information en continu, sommées désormais de remplir ce silence effrayant, conséquence de la non-annonce du gouvernement.

Les théologiens de l’an mil ont consumé leur vie à évoquer la réelle présence du christ dans l’hostie, nous sommes en train de les concurrencer en évoquant la réelle absence du gouvernement en macronie. Certes il s’agit d’un retard, mais pourquoi ce retard ? Ce retard marque-t-il un temps d’avance, est-ce la dimension mitterrandienne d’Emmanuel Macron puisque Mitterrand était toujours en retard ?

Les chaines d’information en continu ont finalement pris leur place dans une grande téléologie discursive, cet enchaînement de commentaire et de commentaire de commentaire, sauf que désormais le commentaire originel évoque le rien ou le pas grand-chose, le bleu du tailleur de Brigitte Macron, le pas de son président de mari montant les marches de l’Élysée.

Voici donc l’exégèse du rien, le talmud du vide, les hadith du négligeable, les évangiles du néant, la rencontre improbable sur un plateau de télévision de Sartre et Ikea, Sartre parce que c’est l’être et le néant, et Ikea parce que l’important c’est de meubler.

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