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Défilé de membres du Hezbollah pendant l'Achoura, 12 octobre 2016

Entre le noir Hezbollah et le noir Gucci : deux modes bien distinctes

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Beyrouth ressemble à une ville double, et c'est cela qui est étonnant. Car dans la plupart des villes du monde entier, il y a une mode et là, il y en a deux.

Défilé de membres du Hezbollah pendant l'Achoura, 12 octobre 2016
Défilé de membres du Hezbollah pendant l'Achoura, 12 octobre 2016 Crédits : PATRICK BAZ - AFP

Première mode : le noir. Très envahissant, forte dominante, en total look, porté avec des rangers et un fusil mitrailleur. Ça, c'est la première mode triomphante à Beyrouth, et c'est celle du Hezbollah. Les défilés du Hezbollah sont assez nombreux depuis le mi-temps des années 2000, même si le dress code et les codes couleurs ne changent pas. D'ailleurs, en 2009, lorsque les hommes du Hezbollah ont envahi chaque carrefour de Beyrouth, lorsqu'on leur demandait pourquoi ils étaient là, ils répondaient en souriant : "pour une excursion". C'est bien cela qui est suspect, qu'ils sourient. Parce que le Hezbollah a beau être sur la liste des organisations terroristes, de là à sourire pendant un défilé .. Vous avez déjà vu un mannequin sourire, vous ? D'ailleurs, l'autre partie de la ville se garderait bien de sourire pendant un défilé. Elle a d'autres uniformes : au lieu du noir Hezbollah, le noir Gucci ou à la limite le noir Prada.

C'est cela qui constitue Beyrouth, l'association improbable entre les fous de dieu, nom du Hezbollah, et les fous de fringues. Cette année la mode est Gucci et blazer. Il se porte en tailleur pantalon, en total look noir. Le mieux, c'est quand même à même la peau, sans rien dessous, sauf éventuellement un petit top. Des nuées de blazers envahissent le soir les rues de Beyrouth et ses boulevard : non pas "Silicon Valley" mais "silicon allées", avec des filles plus à la mode qu'à Paris ou qu'à Tel Aviv et des garçons qui ressemblent aux Shalala de Tel Aviv - tee shirt plus moulant tu craques - lesquels s'en voudraient de rentrer chez eux avant les premiers cris du Muezzin, vers 4 heures du matin.

Il y a donc deux modes bien distinctes. La seconde pourrait être dérisoire, si le magasin Gucci de Beyrouth n'était pas le premier à droite à sortant de Raqqa, le premier à droite en sortant de l'Etat Islamique. Parce que la guerre est là et qu'il suffit d'une heure de voiture pour apercevoir les combats à la frontière syrienne. Parce que les réfugiés sont là. Le Liban en accueille proportionnellement plus qu'aucun autre pays au monde :1,5 Millions de réfugiés pour 4,5 millions d'habitants. Dans aucun autre pays au monde, les victimes ne sont aussi proches des "fashion victimes".

Intervenants
  • Docteur en sociologie et producteur des Matins de France Culture
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