LE DIRECT
Un arbre déracinée sur le Boulevard Chanzy à Pointe-à-Pitre le 19 septembre, en Guadeloupe après le passage de l’ouragan Maria.

Le noms des tempêtes

2 min

Je ne me souviens pas du nom de la tempête de décembre 1999…

Un arbre déracinée sur le Boulevard Chanzy à Pointe-à-Pitre le 19 septembre, en Guadeloupe après le passage de l’ouragan Maria.
Un arbre déracinée sur le Boulevard Chanzy à Pointe-à-Pitre le 19 septembre, en Guadeloupe après le passage de l’ouragan Maria. Crédits : CEDRICK ISHAM CALVADOS - AFP

Peut-être parce que vous n’étiez pas encore en France, mais pratiquement personne ne se souvient qu’elle s’appelait Lothar, cette tempête qui provoqua d’importants dégâts en France et en Europe.

La situation a complètement changé aujourd’hui parce que les tempêtes sont devenues désormais des évènements hélas communs, et les prénoms se bousculent, De Katrina à Harvey en passant par Irma et Maria. Donner des prénoms aux tempêtes, c’est évidemment plus pratique que de parler de l’épisode B22, on sait également comment marche ce processus de nomination des tempêtes. On puise dans un stock de prénoms, en supprimant au fur et à mesure les prénoms des épisodes les plus marquants, c’est pourquoi plus aucune tempête ou ouragan ne s’appellera Katrina ou Harvey. Mais ce qui est étrange, c’est l’effet que ces noms produit sur nous, nous néophytes, qui ne pouvons que constater la multiplication de ce genre d’épisodes. Comme si le fait de nommer ces tempêtes rendait discret ce qui devait être continu, découpait en petits morceaux, Harvey, Irma, Maria, un phénomène finalement continu, les manifestations de la dégradation du climat. Le philosophe Canguilhem le disait déjà, pour soigner, il faut être capable de nommer, c’est pourquoi en médecine, le premier acte de connaissance consiste à rassembler ce qui est épars pour le présenter comme une seule et même maladie.

Mais aujourd’hui, nous ne souffrons pas d’Irma ou de Maria contrairement à ce que l’on pourrait croire, nous souffrons de Shell, de Total, d’Aérosol. Voilà pourquoi le fait de donner de petits noms à ces catastrophes non naturelles, vraisemblablement liées aux actions humaines, contribue à tort à nous rassurer. Finalement Camus avait tort lorsqu’il disait dans cette phrase usée comme une rame de RER, « mal nommer les choses c’est ajouter au malheur du monde », mal nommer les choses cela peut conduire aussi à camoufler les malheurs du monde.

Intervenants
  • Docteur en sociologie et producteur des Matins de France Culture
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......