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Brian Siemann,  Moatez Jomni, Yufei Zhao et Pierre Fairbank du 800m Hommes

Les Jeux Paralympiques : handicap et fausse compassion

2 min

Pourquoi les commentaires et les réactions suscités autour des Jeux Paralympiques sont-ils problématiques ?

Brian Siemann,  Moatez Jomni, Yufei Zhao et Pierre Fairbank du 800m Hommes
Brian Siemann, Moatez Jomni, Yufei Zhao et Pierre Fairbank du 800m Hommes Crédits : SIMON BRUTY FOR OIS / IOC / AFP - AFP

Si vous avez détesté les Jeux Olympiques, vous avez le droit d’haïr les Jeux Paralympiques. Non pas en raison des athlètes qui participent à ces Jeux, le fait qu’une personne handicapée fasse du sport, cela ne devrait susciter aucune réaction. Non, ce qui pose problème dans les Jeux Paralympiques, ce sont les commentaires qu’ils suscitent de la part de ceux qui n’ont pas besoin de fauteuil roulant pour avancer ou pour faire du sport.

"Qu’ils sont courageux ces athlètes paralympiques" ne cesse-t-on d’entendre … Comme une bonne manière d’oublier que pour les personnes handicapées, la vie quotidienne est un sport et qu’il n’est pas utile d’aller dans un stade pour faire un exploit. Monter dans un métro parisien, c’est pratiquement aussi difficile que de monter sur la plus haute marche du podium. D’ailleurs, il semblerait que cela soit en rapport avec ces commentaires que l’on entend au sujet des Jeux Paralympiques. Je m’explique : puisque notre société est particulièrement peu accueillante pour les personnes handicapées, on les préfère courageux, autonomes, battants des records plutôt que réclamant l’égalité des droits.

C’est de notre époque : on préfère des douleurs sages et muettes et pas des souffrances insupportables. Où l’on soutient des dépassements de soi, d’ "access prime time". Toutefois, lorsque le gouvernement décide de financer la sécurité des campus universitaires, il le fait en piquant 30 millions au fond pour l’aide à l’emploi des personnes handicapées. Ce gouvernement n’est pas le seul : cela fait des plombes que l’on ponctionne cette cagnotte. Parce qu'au bout du compte, on se dit que ces braves gens, avec leur prothèse, ils n’ont qu’à faire comme à la télé : courir, sauter, performer.

"La société se paye de la fausse monnaie de son rêve" écrivait le sociologue Marcel Mauss. Avec les Jeux Paralympiques, le monde des valides s’achète l’illusion que les paralytiques courent. Ces jeux là incarnent un vrai Lourdes cathodique.

Intervenants
  • Docteur en sociologie et producteur des Matins de France Culture
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