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Des soldats se tiennent en marge de l'ouverture du mur de Berlin le 12 novembre 1989 in Berlin, Germany

La parabole de Vaclav Havel sur l'effondrement du communisme

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On célèbre aujourd’hui la chute du mur. Et ce qui est étonnant, ce n’est pas qu’il soit tombé, mais qu’il ait tenu aussi longtemps…

Des soldats se tiennent en marge de l'ouverture du mur de Berlin le 12 novembre 1989 in Berlin, Germany
Des soldats se tiennent en marge de l'ouverture du mur de Berlin le 12 novembre 1989 in Berlin, Germany Crédits : Gamma-Rapho via Getty Images - Getty

Comment expliquer la survie du communisme alors qu’il suffisait d’un bref voyage en Pologne ou en RDA pour s’apercevoir que ces régimes étaient parfaitement dysfonctionnels, avec un étrange mélange de mesures terrifiantes et d’une réalité foutraque, bref d’une oscillation perpétuelle entre le Père Ubu et Big Brother ? Comment expliquer que tout cela ait tenu si longtemps ? 

La réponse la plus profonde, à mon sens, a été donnée par l’écrivain Vaclav Havel devenu président de la République fédérale tchèque et slovaque de 1989 à 1992, puis président de la République tchèque de 1993 à 2003. Grand dissident, Havel a dessiné une parabole fondamentale dans le pouvoir des sans pouvoirs, l’histoire d’un marchand de légumes. 

Je vous résume cette histoire à gros traits. Il était une fois, en Tchécoslovaquie communiste, un marchand de fruits et légumes. Et celui-ci avait eu l’idée de disposer au milieu des patates et des choux, parce que l’on ne trouvait pas beaucoup d’autres choses à l’époque communiste. Donc, ce marchand avait eu l’idée de disposer au milieu de ces légumes une banderole où il était écrit « prolétaires de tous les pays unissez-vous ». 

Pourquoi avait il fait cela, ce marchand de primeurs, avait-il l’union du prolétariat chevillée au corps, demande Havel ? Evidemment non, et d’ailleurs il n’a probablement pas fait ça pour ses clients, il a mis cette banderole pour que le pouvoir et ses affidés le voient. Car cette banderole signifiait en réalité « je suis un citoyen obéissant, je ferai tout ce que le pouvoir attend de moi, sans même qu’il ait besoin de l’exiger ». Et personne ne peut le lui reprocher, comment pourrait-on être contre l’union des travailleurs du monde entier ? En revanche, s’il avait mis dans sa vitrine, je suis un lâche, un fayot, je ferai tout pour montrer au pouvoir que j’irai dans le sens du vent, alors là oui, on aurait pu, à minima, se moquer de lui. 

Alors comment le communisme s’est-il effondré ? Eh bien, lorsque les milliers de marchands de fruits et de légumes se sont rendus compte qu’il n’y avait rien de mal à vouloir l’union du prolétariat, mais surtout lorsqu’ils se sont surtout rendu compte qu’en affichant ce type de banderole, c’est leur dignité qu’ils piétinaient. Le mur tomba, expliquait Havel, lorsque les marchands de fruits et légumes décidèrent de retirer ces banderoles.

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