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 Céline Dion en concert au British Summer Time Hyde Park le 5 Juillet 2019 à Londres.

Le courage des citoyens

2 min

De Céline Dion au magazine Le Point tout le monde appelle au courage… Oui, cela fait un spectre large, même s’il s’agit d’un courage de nature un peu différente.

 Céline Dion en concert au British Summer Time Hyde Park le 5 Juillet 2019 à Londres.
Céline Dion en concert au British Summer Time Hyde Park le 5 Juillet 2019 à Londres. Crédits : Photo de Brian Rasic/WireImage - Getty

Alors, la chanteuse Céline Dion a appelé son spectacle « Courage », mélangeant public et privé, c’est cela un people, évoquant probablement le courage qu’il lui a fallu pour continuer à chanter après la mort de son époux. Le magazine Le Point en appelle lui en creux au courage des citoyens face au terrorisme islamiste, « Sommes-nous devenus lâches face à l’islamisme ? » demande-t-il en une, question qui bien entendu n’appelle dans l’esprit du magazine qu’une réponse négative. 

Or précisément, les citoyens, autrement dit les êtres humains pris individuellement n’ont pas à être courageux, le fait est acté depuis le philosophe Hobbes. Le pacte hobbesien consiste au contraire à abdiquer une partie de sa liberté au profit du corps social : c’est parce que l’homme est un loup pour l’homme, et que l’on n’a pas le courage d’affronter les loups, que nous déléguons cette tâche, explique Hobbes, à un ensemble qui nous dépasse et va se charger mieux que ce que l’on pourrait faire, c’est la collectivité qui est forte pour nous, voire nous ne devons plus faire preuve de vertu combattante dès lors que nous concédons cette dimension de l’existence au tout social. Inutile d’être courageux puisqu’il y a une armée, une police, une justice pour en contrebalancer les excès. 

Mais cette vision du citoyen, pour qui le courage est une qualité surnuméraire, s’oppose à la réalité du tyran. Que se passe-t-il quand la société ne nous protège plus ? C’est ce qu’observe La Boétie dans La servitude volontaire :le tyran n’est grand que parce que nous sommes petits, il suffirait que l’on se lève pour découvrir que le tyran est nu. C’est la scène vertigineuse qui a eu lieu en Roumanie, le 21 décembre 1989. Ce jour-là, le dictateur roumain Nicolae Ceaușescu décide de faire un discours sur la principale place de Bucarest, quelques dizaines de milliers de roumains qui l’écoutent fulminer contre l’étranger. Et puis soudain un roumain l’a sifflé, d’autres lui ont embrayé le pas, quelques minutes plus tard c’était une bonne partie de la place qui huait Ceaușescu. Il fut tellement surpris qu’il se tut — jamais auparavant il n’avait été hué. La dictature roumaine venait de tomber, parce que le dictateur est un, et que nous sommes tous, il suffit parfois de siffler pour s’en rendre compte. 

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