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Thermomix

De quoi le Thermomix est-il le nom ?

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Je déteste ce type de phrase « de quoi le Thermomix est-il le nom ? » : ça marche avec tout du Brexit au Thermomix, mais là je suis décidé à justifier cette formulation.

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Thermomix Crédits : GUILLAUME SOUVANT - AFP

Alors, auparavant, dans un souci d’universalisme, je dois dire ce qu’est le Thermomix : c’est donc un robot cuiseur très technologique, avec un écran tactile, une connexion wifi que je ne sais pas utiliser, un livre de recettes que mon fils m’a installé alors que je ne lui avais rien demandé… Enfin bref, le Thermomix est le croisement d’un iPad et d’un mixer sur une table de cuisine, avec une promesse : il fait tout, tout seul. 

L’autre particularité du Thermomix est de valoir une blinde — un mois de salaire pour un gage d’amour éternel me dit ma femme — je ne peux pas  vous donner son prix puisque c’est un cadeau. Et comme le Thermomix vaut cher, il a plein de concurrents, du Cookeo au Monsieur cuisine — oui, oui la version Lidl s’appelle Monsieur cuisine, drôle d’appellation genrée, laquelle signifie qu’un objet à fort contenu technologique, dans l’esprit des gens de chez Lidl en tout cas, ne peut être que masculin. 

Mais l’essentiel n’est pas là, car le Thermomix repose en réalité sur une promesse mensongère : l’idée selon laquelle il fait tout, tout seul, alors qu’en réalité il vous rend esclave — esclave de son écran, de ces sonneries, de son jargon pour hacher, battre, cuire, laisser reposer, passer dans le four, mettre sur la position Varona vitesse 2. Le Thermomix fait par exemple très bien la brioche à condition que vous bloquiez 24 h dans le but d’en confectionner trois petites, le Thermomix fait très bien la brioche à condition de vous lever vers 3 h du matin pour travailler la pâte que vous aviez laissée reposer préalablement, ce qui est très pratique quand vous êtes matinalier… 

Mais en fait le Thermomix est un rêve d’ingénieur concrétisé au milieu de votre cuisine, il sait tout faire mais tout est très compliqué. Le Thermomix, c’est un peu le philosophe Gilbert Simondon devenu cuisinier, le philosophe qui imaginait le devenir des objets techniques dans ce qu’il appelait la concrétisation, comme si tous les objets techniques avaient vocation à devenir des systèmes, des systèmes fermés à l’instar des moteurs diesels qui n’ont pas besoin de bougie. Le Thermomix c’est Kant devenu mécanicien, ou bien Nietzsche devenu ébéniste : sur le papier c’est beau, sur la table c’est plus encombrant qu’autre chose.

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