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Gravure illustrant la fin d'une chasse à courre en 1875.

La curée

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Il y a chasseur et chasseur... Ou plus exactement il existe des chasses de différentes natures, chacune d’entre elles soulevant des réactions particulières.

Gravure illustrant la fin d'une chasse à courre en 1875.
Gravure illustrant la fin d'une chasse à courre en 1875. Crédits : duncan1890 - Getty

Il y a des chasses populaires et des chasses seigneuriales, ces secondes incarnées par la chasse à courre, qui demeure en France comme une permanence, comme un vestige diront les autres. Et ce type de chasse suscite de plus en plus de protestation comme le rappelle Libération aujourd’hui, les veneurs constituent pour certains maires un trouble à l’ordre public, parce que les animaux traqués ont peur, ils se réfugient où ils peuvent, parce que la cruauté de cette pratique semble comme redoublée par la majesté des animaux traqués. 

La vénerie est une forme de chasse qui parle au cerveau reptilien des êtres, à l’instar de la corrida, comme si, dans nos esprits pacifiés de modernes, il restait une place inexpugnable pour le gout du sang. Dans la chasse à courre se mêle une pratique extrêmement codifiée, en apparence très évoluée, et un inconscient parfaitement barbare, la rencontre de la plus haute civilisation et des instincts les plus primitifs, sur une table de dissection comme dirait l’autre. 

Et l’on songe au plus barbare des romans de Zola, La curée,  parce que la curée c’est bien entendu la meute — en anglais ce roman a été traduit sous le titre de The kill — mais aussi parce que la curée c’est cette pratique qui donne le vertige aux anthropologues, la curée ce sont les bas morceaux des bêtes tuées, les entrailles des animaux morts, que l’on donne aux chiens après la chasse à courre, parce que les viscères comme récompense vont les inciter à mieux chasser encore la fois prochaine… 

Et comme l’écrit Zola, « Âpre à la curée. Une bourgeoisie dévorante, menant la curée parmi les ruines... ». Car, pour Zola, la curée symbolise le règne de l’argent monstre, de cette chasse à courre survenue au mitan du XIX e siècle, lorsque l’on se mit à éventrer Paris, sous le baron Haussmann, pour en donner les viscères, le ventre mais pas seulement, aux spéculateurs. La curée, c’est le roman le plus scandaleux de Zola, mettant en scène un quasi inceste, la belle-mère s’abandonnant au beau fils, comme si le capitalisme sous sa forme sauvage conduisait la meute à piétiner les liens les plus sacrés… Comme si la chasse à courre était ce qui révélait le mieux la bête en l’homme.

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