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Les Lumières ont fait du plaisir solitaire un parangon d'une sexualité dévoyée.

Plaisir solitaire et obscurité des Lumières

2 min

Tout a été dit ou presque sur l’affaire Benjamin Griveaux…

Les Lumières ont fait du plaisir solitaire un parangon d'une sexualité dévoyée.
Les Lumières ont fait du plaisir solitaire un parangon d'une sexualité dévoyée. Crédits : Fuse - Getty

Oui, l’on s’est interrogé sur la responsabilité des réseaux sociaux, la vie privée, la peopolisation, mais, en revanche, personne n’a soulevé la question de l’objet : le fait que cette vidéo ait trait au plaisir solitaire. Est-ce essentiel ou pas, et s’il avait été question d’un autre geste, les répercussions auraient elle été autres ? 

Ce qui est en jeu, c’est aussi l’histoire culturelle de la masturbation, une histoire sur laquelle s’est penché l’historien américain Thomas Laqueur. La condamnation de la masturbation est souvent interprétée comme un diktat religieux, d’où notre incompréhension. Comment expliquer que dans une société laïque, cet acte-là, et pas un autre, soit perçu comme imprudent, plus intime qu’une vraie scène d’amour, bref on ne voit pas aisément la queue d’une explication. 

Pourquoi le sexe solitaire devient-il une grave question de morale sexuelle à l’aube du XVIIIe siècle ?

Or pour Laqueur, ce n'est pas à la religion que l'on doit la condamnation de la veuve poignet, mais bien au XVIIIe siècle. Jusqu'alors, l’onanisme était un péché véniel. C’est ainsi que les rabbins font preuve d’une grande mansuétude pour cette pratique... Selon eux, rien n'indique qu'Onan se soit rendu justice à lui-même pour répandre sa semence par terre... 

Si les Lumières partent en guerre contre le plaisir solitaire, c'est que ce geste devient parangon d'une sexualité dévoyée. La masturbation devient alors un vice terrible : la manière dont le moi moderne se fait l'amour à lui-même. A une époque où naît le capitalisme, explique Laqueur, et où l'on glorifie l'échange, voilà des individus qui ont la prétention de se suffire à eux même. Et c'est ainsi que l’adepte des plaisirs solitaires devient le moins industrieux des hommes, un parasite à condamner. 

Tout se passe comme si cette pratique menait à l’excès et au désordre, et pour parer à ces terribles conséquences, on délègue à la médecine, enfin à une sorte de médecine, le rôle de réprimer ces activités. C’est ainsi que la masturbation est censée provoquer toute sorte de maux, la surdité — ça c’est connu — mais aussi la tuberculose, voire la folie tout court… Il se pourrait bien que trois siècles après les Lumières, l’obscurité demeure au sujet de cette pratique. 

Et pour en savoir plus sur Thomas Laqueur, la critique de Anne-Claire Rebreyend : https://journals.openedition.org/clio/9763

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