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Les parents du petit Grégory Villemin, Jean-Marie et Christine Villemin arrivent au Palais de Justice d'Epinal, entouré de journalistes, le 22 novembre 1984, pour une confrontation de témoins.

Grégory, la France en son miroir

2 min

N'ayant de goût particulier ni pour les séries, ni pour les faits divers, je m'étais d'abord tenu à l'écart de "Grégory", le documentaire en 5 épisodes de Gilles Marchand, diffusé sur Netflix.

Les parents du petit Grégory Villemin, Jean-Marie et Christine Villemin arrivent au Palais de Justice d'Epinal, entouré de journalistes, le 22 novembre 1984, pour une confrontation de témoins.
Les parents du petit Grégory Villemin, Jean-Marie et Christine Villemin arrivent au Palais de Justice d'Epinal, entouré de journalistes, le 22 novembre 1984, pour une confrontation de témoins. Crédits : ERIC FEFERBERG - AFP

Une mise à distance renforcée par le sentiment d'en avoir déjà trop entendu sur cette désastreuse affaire, celle de l'assassinat jamais élucidé d'un petit garçon de 4 ans, il y a 35 ans. Nul besoin d'avoir approfondi le sujet pour savoir à quel point cela avait été une débâcle, débâcle médiatique et judiciaire. Les Vosges, la Vologne, le Corbeau, le juge Lambert, Christine et Jean-Marie Villemin, Bernard Laroche, Muriel Bolle, jusqu'à Marguerite Duras qui s'en était mêlée, tous ces noms restés familiers, l'actualité n'ayant jamais cessé de les ressasser. 

Et pourtant quel choc !

La force de ce documentaire repose d'abord sur la profusion des images d'archives, certaines diffusées au moment des faits, d'autres restées à l'état de rushes. Elles nous replongent dans le traumatisme de l'époque, et dans sa violence inouïe, comme cette scène, lors des obsèques de la victime, où un jeune garçon tente de chasser les journalistes qui ont investi le cimetière.

Des journalistes vautours, une justice défaillante, des enquêteurs qui rejouent la guerre de polices : les institutions de la démocratie en prennent pour leur grade. Tout comme cet autre socle que représente la famille : on est loin de l'esprit de Noël, la brutalité domine dans les relations entres frères, enfants et cousins. Et que dire du voisinage, qui alterne entre le mur du silence et le poison de la rumeur ?

Le plus frappant, c'est de constater que 30 ans après, la plupart des protagonistes, ceux en tout cas qui ont accepté de témoigner — le reporter de Paris Match, le commissaire de la PJ, la femme du correspondant de RTL, l'avocat des Laroche — semblent n'avoir pas vécu depuis, comme s'ils étaient restés figés en 1984.

Et je me demandais en regardant ce film (à mon sens LE film de l'année) si la société française réagirait autrement aujourd'hui ; s'il ne fallait pas y voir un portrait très contemporain de notre monde, déformé par les réseaux sociaux. J'ai bien peur que poser la question soit une manière d'y répondre.

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