LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Laurent Ruquier animant "Les Grosses Têtes", en août 2014.

Laurent Ruquier et l'usine à buzz

2 min

Laurent Ruquier en a assez de Twitter…

Laurent Ruquier animant "Les Grosses Têtes", en août 2014.
Laurent Ruquier animant "Les Grosses Têtes", en août 2014. Crédits : MARTIN BUREAU - AFP

Oui, je sais cette phrase « Laurent Ruquier en a assez de Twitter » est un peu étrange, c’est un peu comme si je vous disais Nutella en a assez du sucre ou Hegel en a assez de la philosophie allemande. Et pourtant c’est ce que l’on retient de l’interview qu’il donne dans le JDD d’hier, une interview où il lâche que Twitter a rendu dingue une profession – celle des journalistes – qui se tire une balle dans le pied à force de polémiquer sur Twitter. 

C’est vrai ça, c’est dingue ça, il ne comprend pas : il réunit Franz Olivier Giesbert et Christine Angot sur un plateau pour parler Shoah et esclavage, et il ne comprend pas du tout, mais alors pas du tout, pourquoi ça buzze. Alors bien sûr, Laurent Ruquier n’a pas inventé le buzz, pas plus que Michel Drucker n’a inventé le canapé rouge ou Edwy Plenel n’a fabriqué le journalisme d’investigation, mais, pour autant, Ruquier dirige aujourd’hui la principale usine à buzz du pays. Ce qu’il a fabriqué notamment c’est ce que l’on appelle un dispositif en télé qui produit du buzz comme la vigne produit du vin, mettant en face des personnalités en demi-teinte, connues pour leurs opinions mesurées, d’Éric Zemmour à Aymeric Caron, en face d’invités qui leur servent de victimes consentantes. 

Le buzz est consubstantiel à « On n’est pas couché », l’émission animée par Laurent Ruquier, tout est fait pour en produire plutôt que tout autre matière première – actualité, information, vie pratique, que sais-je encore — l’émission est formatée pour servir de festin aux trolls et autres séquences vidéos à faire tourner sur les réseaux sociaux. Laurent Ruquier a beau jeu d’expliquer ensuite que ces séquences à buzz ne constituent que de petits moments au cours de longues émissions, c’est un peu comme si Stendhal relativisait le plaisir en raison de sa brièveté. 

Ce qu’il y a d’étrange dans le buzz, c’est qu’il fonctionne un peu comme la radioactivité : lorsque la réaction est entamée, personne ne peut la stopper, qu’on en profite ou que l’on en pâtisse. Alors quand Ruquier se plaint du buzz on songe à Bossuet bien sûr, « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes ».

L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......