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Des visons morts dans une ferme près de Naestved, au Danemark, le 6 novembre dernier.

Il y a eu le massacre des bisons, et voici celui des visons…

2 min

Si la chair animale est triste... que dire de l'âme humaine ?

Des visons morts dans une ferme près de Naestved, au Danemark, le 6 novembre dernier.
Des visons morts dans une ferme près de Naestved, au Danemark, le 6 novembre dernier. Crédits : MADS CLAUS RASMUSSEN - AFP

Eh bien oui, vous savez parmi les crimes imputés aux Américains, aux colonisateurs américains plus exactement, il y a le massacre des bisons – en les tuant, c’est toute une civilisation qu’ils ont mis à terre, celle des « native americans ». Or, aujourd’hui, ce ne sont pas les bisons que l’on massacre, mais les visons… Dans le contexte de la bête à picots, je crois ne pas avoir besoin d’insister, le Danemark il y a quelques jours et la France ces jours-ci, ont décidé de tuer des milliers et des milliers de visons. 

Je trouve cette affaire hallucinante, parfaitement éclairante, sur notre rapport à la nature et aux espèces animales. Ce meurtre ne mettra pas une civilisation à terre, comme celui des bisons, mais il révèlera en revanche une civilisation, la nôtre, et cela ne sera pas, mais vraiment pas, à notre honneur. Certes je sais la différence qu’il y a entre l’homme et l’animal, j’ai lu Rousseau et tous les livres, mais la chair est triste, et particulièrement celle des visons. 

Car les visons sont l’un des symboles les plus évidents de l’irrationalité de l’époque – de petites bestioles que l’on a décidé de faire croître et de multiplier pour les transformer en bête à fourrure, pour incarner le luxe ostentatoire, une dépense à la fois inutile et obscène, et d’autant plus obscène qu’un manteau en vison coûte la peau d’un vison ou plutôt de plusieurs visons. Alors on pourra toujours regarder des civilisations passées comme cruelles et irrationnelles -celles qui se livraient à des sacrifices animaux- il faudra expliquer à nos descendants, au terme de quel processus nous, femmes et hommes de 2020, avons été amenés à tuer des millions de visons, sans véritablement s’en émouvoir, peut-être parce que ces visons étaient destinés à être tués… mais nous étions nombreux à ignorer qu’ils étaient aussi nombreux. Tout cela tranche avec nos discours sur le bien-être animal et le respect des autres espèces. Ce n’est pas le deux poids deux mesures, c’est pire que ça, il est possible de s’émouvoir sur la disparition des tortues des Galápagos ou je ne sais quelle espèce, et ces jours-ci d’apprendre sans broncher le meurtre de millions de visons. 

Pourtant, je pense que même ceux qui ne sont pas des militants de la cause animale pourraient penser que ce drame ne nous fait pas honneur. Nous avons décidé de tuer prématurément ces visons pour sauver notre peau, plutôt que la leur, reste à savoir ce qui adviendra de nos âmes. 

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