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Décollage d'avion

Vacances, morale Kantienne et théorie conséquentialiste

2 min

L’important n’est plus de savoir où vous êtes partis.

Décollage d'avion
Décollage d'avion Crédits : PRAKASH SINGH - AFP

Et non, voilà la nouveauté des vacances : désormais le « comment » je suis parti prime sur le « où » je suis parti. Comment je suis parti, autrement dit quel moyen de transport ai-je utilisé ? Pour partir en vacances AUSSI il importe d’être vertueux, d’éviter à tout prix les paquebots — très immoraux — de n’utiliser l’avion qu’en cas d’absolue nécessité — tout transport aérien devant être justifié — et la voiture, paradoxalement, se transforme dans ce contexte en un moyen de transport vertueux. 

Alors, bien sûr, tandis que la majorité des mortels doit s’efforcer d’être morale, il existe également une petite partie de l’humanité qui aspire à la sainteté : elle se targue d’être partie en vacances à pied ou à bicyclette. Pourtant, la question de la moralité du transport aérien est loin d’être simple. 

Deux théories s’affrontent : la morale Kantienne et la théorie conséquentialiste, celle qui s’intéresse aux conséquences des actes. Pour un kantien, les choses sont réglées, il ne faut pas prendre : si plus personne ne prend l’avion, explique Kant, il n’y aura plus d’avion et alors les avions ne pollueront plus. Oui mais pour un conséquentialiste, c’est plus compliqué que cela, car que deviendrait le siège que vous êtes censé occuper dans un avion si d’aventure vous décidez de ne pas l’occuper ? Autrement dit, puisque l’avion va partir de toute façon pourquoi ne pas en profiter pour le prendre ? Mais pas du tout, répond Kant, puisqu’à ce compte-là on va tout justifier, y compris le crime : puisque le crime existe pourquoi ne pas « crimer » ? Pour quelqu’un qui s’en tiendrait aux conséquences de ses actes en revanche, le bilan moral de la décision de prendre l’avion est nul si et seulement si on est certain que l’avion partirait que l’on décide ou non de le prendre. 

Reste une solution : ne pas prendre l’avion, ne pas prendre le bateau, bref ne rien prendre, ne pas partir du tout, cesser de travailler pour ne pas polluer mais rester chez soi dans son salon. Voilà en tout cas un dilemme moral nouveau : maintenant que l’on sait que les vacances, certes, peuvent vous reposer mais fatiguent la planète. 

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