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Mémorial de la Shoah, Auschwitz et Bergen-Belsen.

La Shoah et le danger de la métaphore

2 min

On commémore aujourd’hui la libération des camps. Et je remarque que la notion même de Shoah, et les différents termes qui lui sont associés, de totalitarisme à nazi, connaissent des carrières surprenantes dans la conversation nationale.

Mémorial de la Shoah, Auschwitz et Bergen-Belsen.
Mémorial de la Shoah, Auschwitz et Bergen-Belsen. Crédits : Godong/UIG - Getty

Pour le dire en un mot, pendant des années on a pu redouter la négation pure et simple de ces événements, l’oubli, mais aussi et surtout l’œuvre des négationnistes accomplissant sa triste besogne dans les esprits. Or, je vois aujourd’hui un autre danger, un danger auquel contribuent tous ceux qui banalisent le terme de Shoah, autrement dit qui voudraient en finir avec l’unicité de cet événement, tous ceux qui contribuent finalement à faire de la Shoah une métaphore. 

C’est exactement ce que redoutait le philosophe George Steiner lorsqu’il évoquait la longue vie de la métaphore, parce qu’une métaphore, lorsqu’elle se transforme, devient une forme vide, une catachrèse comme on dit en rhétorique. Si l’on n’y prend garde la Shoah se transformera progressivement en catachrèse, une métaphore vidée de son contenu, un terme mort qui désigne tout et n’importe quoi et surtout désigne de moins en moins un événement réel et concret. 

Voilà ce qui nous menace dans ce climat où chaque jour on fait assaut de point Godwin et de reductio ad hitlerum, où tout est nazi, parce que si tout est nazi plus rien ne l’est, parce que la singularité du phénomène va se perdre dans une multitude de comparaisons, jusqu’à faire oublier ce qu’a été cet événement. 

Plus j’y pense, plus je comprends Lanzman, le cinéaste auteur de Shoah. Au début je ne comprenais pas bien pourquoi il refusait toute forme de représentation, me disant que la pédagogie valait mieux que l’oubli, désormais j’ai peur comme lui de la dilution de la Shoah dans l’insignifiance, un événement qui fascine et attire en raison de sa monstruosité, mais perd progressivement de sa concrétude et de sa vérité, comme si plus nous en parlions, moins on le pensait. 

Les derniers témoins témoignent, parce qu’ils ont peur que les générations futures oublient. Et pourtant, je ne crois pas que c’est l’oubli qui doit nous faire peur, c’est plutôt le fait de tout savoir, tout savoir et ne plus rien comprendre.

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