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"Si je suis battu, j'arrête la politique

« Si je suis battu, j’arrête la politique » 

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C’est une menace que l’on entend beaucoup ces temps-ci parmi les candidats aux élections régionales.

"Si je suis battu, j'arrête la politique
"Si je suis battu, j'arrête la politique Crédits : PhotoAlto/Frederic Cirou - Getty

Elle est dans de nombreuses bouches, que ma neutralité bienveillante m’empêche de nommer. Or cette phrase si claire, en apparence, est en réalité bien obscure. À quoi sert-elle ? Très tôt, on apprend qu’il peut être singulièrement contreproductif de prononcer des phrases comme « qui m’aime me suive » - à peu près la meilleure façon de se retrouver à marcher seul. 

« Si je suis battu, j’arrête la politique » est une formule en partie enfantine, les enfants connaissent mal les êtres, ils s’en font une représentation purement affective, seuls les enfants pourraient penser que l’on pourrait voter pour ne pas faire de mal ou de peine, que l’on va se mobiliser pour qu’untel poursuive la politique, comme on participe à la cagnotte du petit dernier qui a perdu une dent. 

« Si je suis battu j’arrête la politique » procède d’un chantage affectif qui peut devenir lassant dans un couple – « si tu trouves que j’ai toujours tort, pourquoi ne me quittes tu pas » - mais qui parait surtout singulièrement déplacé dans un contexte électoral. En outre il s’agit d’une formule particulièrement dangereuse. 

Certes, celui qui la prononce le fait probablement parce qu’il est sûr de remporter l’élection, à la manière de ces parieurs qui ne parient que lorsqu’ils sont sûrs d’eux. Mais dans le même temps, ils accréditent l’idée qu’ils pourraient perdre. Tout le contraire d’un Mitterrand ou d’un Chirac qui auraient plutôt martelé, « si je suis battu, je me représenterai », des politiques qui sortaient par la porte et rentraient par la fenêtre, des politiques qui n’étaient bons qu’à ça, envisageaient probablement l’échec mais n’en parlaient jamais, et le considéraient surtout, à l’instar de la victoire, comme transitoire. 

Chirac et Mitterrand ont été battu mille fois, et mille et une fois ils sont revenus, et sinon qu’auraient-ils fait d’autre ? Coureur cyclistes ? Chanteurs de charme ? Pour ces politiques-là, la politique n’était pas un métier, mais une vocation, une mission. Tout était politique chez eux, y compris s’ils étaient perdus, l’occasion pour eux de préparer leur prochaine défaite. 

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