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Pare brise cassé

Comment des pare-brises de voiture peuvent-ils éclairer l’affaire des chevaux mutilés ?

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Seuls 20 à 25 % des cas seraient liés à un ou plusieurs criminels. D’où la question suivante : que s’est-il est passé pour les 80 ou 75 % de chevaux mutilés ?

Pare brise cassé
Pare brise cassé Crédits : Getty

Comment des pare-brises de voiture peuvent-ils éclairer l’affaire des chevaux mutilés ? Absolument. Des pare-brises de voiture, mais pas n’ importe où. Un événement devenu classique en sociologie : l’affaire des pare-brises de voitures fissurés à Seattle, aux Etats-Unis en 1954 exactement. Je m’explique. 

Dans cette affaire de chevaux mutilés, ce qui frappe, c’est la déclaration d’un enquêteur, hier, selon laquelle seuls 20 à 25 % des cas seraient liés à un ou plusieurs criminels. D’où la question suivante : que s’est il est passé pour les 80 ou 75 % de chevaux mutilés « naturellement » - si vous me passez l’expression -  ou plus exactement "sans intervention humaine". Probablement ont-ils été la proie de charognards, une pratique qui existait à l’identique l’an dernier, voire auparavant, mais à laquelle personne ne prêtait attention. Aujourd’hui, cette affaire de chevaux mutilés focalise l’attention. Alors, chaque cas est méticuleusement noté. Le ministre de l’Intérieur a même appelé à la « mobilisation générale ». 

En quoi cette situation rappelle-t-elle l’épidémie de pare-brises grêlés intervenue aux Etats-Unis dans les années 1950 ? En 1950, les habitants de Seattle se sont rendu compte que certains pare-brises de leur voiture portaient des micro-fissures, de petits éclats. L’affaire fit grand bruit et de nombreux habitants découvrirent des traces d’éclats sur leur pare-brise. Les explications fleurirent. On accusa des vandales, bien sûr, mais aussi une mystérieuse poussière cosmique, les retombées d’une catastrophe atomique, ou encore une arme secrète électro-acoustique développée par l’US Army. Les médias se lancèrent dans une multitude d’enquêtes pour tenter de découvrir la cause de ces pare-brises abimés, quand soudain, un journaliste eut une idée étrange : il alla compter la proportion de pare-brises détériorés ailleurs qu’à Seattle. 

Et là, découverte incroyable. Il se rendit compte que la proportion de pare-brises fissurés, ou portant des éclats, était sensiblement la même d’une ville à l’autre. Simplement, d’ordinaire, personne n’y prêtait attention. Peut-être à Seattle y avait-il eu à l’origine un événement particulier, des gamins qui jouaient à de mauvais jeux, des vandales. Mais au bout du compte, il existe « naturellement » une proportion de pare-brises abîmés. C’est ce que l’on appelle en sociologie un « biais de confirmation » qui fait qu’en 1954, à Seattle, le projecteur a été mis sur eux, donnant un semblant de cohérence à un phénomène en réalité multifactoriel. 

C’est peut-être exactement ce qui en train de se dérouler avec ces chevaux mutilés, l’attention médiatique conduisant à un intérêt pour des événements dont les 4/5 è sont peut-être strictement habituels.

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