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Jean-Pierre Laville, père d'Isabelle, la première victime de Michel Fourniret à Mulhouse, France, le 11 mars 2008.

Que faut-il faire de la mort de Fourniret ?

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On a appris la mort de Michel Fourniret hier, il avait 79 ans, et s’il est aujourd’hui célèbre c’est à cause de sa profession, tueur en série.

Jean-Pierre Laville, père d'Isabelle, la première victime de Michel Fourniret à Mulhouse, France, le 11 mars 2008.
Jean-Pierre Laville, père d'Isabelle, la première victime de Michel Fourniret à Mulhouse, France, le 11 mars 2008. Crédits : Pool DEMANGE/MARCHI - Getty

Il emporte avec lui dans sa tombe ses secrets, comme l’explique le journal Le Parisien aujourd’hui. Suspecté d’avoir tué huit femmes et suspecté de quatre autres meurtres, son nom était également évoqué dans 21 autres affaires, non élucidées. 

C’est très étrange de devoir faire la nécrologie d’un tel homme, que dire d’un personnage célèbre pour ses crimes ? Il est célèbre pour ses crimes, et pour autant il serait évidemment abominable qu’il soit célébré. Idéalement, il faudrait ignorer le nom des assassins, tout faire pour que ceux-ci soient oubliés, puisqu’une part probablement de leurs actes est justifiée par le narcissisme, une manière d’exister dans la vie en supprimant celle des autres. 

Oui mais voila, c’est le contraire qui arrive, tout le monde connaît le nom de Landru, personne ne se souvient du nom de ses victimes. C’est que finalement, le diable fascine beaucoup plus que les anges, et c’est probablement là l’une des ruses du mal : faire en sorte que celui-ci passe pour fascinant alors que ses victimes sont banales. 

Hannah Arendt a bien essayé d’œuvrer, dans le cas du génocide juif, en forgeant la notion de banalité du mal, une manière de renvoyer les bourreaux à leur médiocrité, d’empêcher toute fascination à leur égard. Mais les choses ne se passent pas ainsi, on a beau insister sur la vacuité des monstres, expliquer qu’il faut beaucoup plus de sagesse et de savoir pour sauver une vie plutôt que pour en ôter une, c’est toujours l’ogre dans la fable dont on se souvient, l’ange est souvent relégué au pluriel, les anges, et au second plan. 

L’humanité est désormais débarrassée de Fourniret mais pas de ses œuvres, c’est probablement l’un des paradoxes de notre époque, celle-ci est officiellement préoccupée par les victimes, elle est censée se soucier d’elle avant tout, mais secrètement, elle ne peut s’empêcher d’être fascinée par les bourreaux. Les méchants occupent la plus grande part de notre temps de cerveau disponible. Dans la trouble fascination exercée par les faits divers, il faudrait faire en sorte que les meurtriers sombrent dans l’oubli de leur vivant. 

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