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Il faut que tout change pour que rien ne change

Il faut que tout change pour que rien ne change

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Oui, ce doit être la phrase la plus usée, entre « Ce qui ne me tue pas me fortifie » et « Mal nommer les choses ajoute au malheur du monde », par conséquent, normalement on n'a pas le droit de dire « Il faut que tout change pour que rien ne change ».

Il faut que tout change pour que rien ne change
Il faut que tout change pour que rien ne change Crédits : Robert Daly - Getty

Mais c’est quand même rudement tentant de l’utiliser en voyant revenir peu à peu le monde normal, et notamment quelque chose auquel nous n’étions plus habitué, les autres. Les autres, beaucoup d’autres, le point d’orgue étant la fête de la musique qui ressemblait à une fête de la musique normale, exceptée la pluie.

Il n’a pas plu à Paris pour la Fête de la musique, c’est étrange. Pour le reste, on avait vraiment l’impression d’être dans le monde d’avant, y compris au petit matin, sillonnant les rues parisiennes. Comme envoyé spécial de France Culture dans les rues de Paris, j’ai pu constater qu’il y avait encore beaucoup de monde pour fêter la musique et pas que la musique, et qu’il fallait slalomer entre différentes formes titubantes. 

Si cela n’est pas le retour au monde d’avant, ça y ressemble. Avec la fin de tous les discours sur le monde d’avant ou presque, il va falloir faire le compte des différences, je veux dire des vraies différences. Mon idée est qu’il ne faut pas oublier la capacité humaine à oublier. À chaque évènement intense ou traumatique, on est frappé, non pas tant par la résilience des sociétés, que par leur capacité à passer à autre chose. 

Certes comme le disait le philosophe Georges Canguilhem, la guérison n’est pas retour à l’innocence biologique, mais c’est pourtant rudement bien imité. Si la bête à picot veut bien nous lâcher l’aérosol, il est étonnant de voir comment les cafés d’après ressemblent aux cafés d’avant. Comment on redécouvre les anniversaires, la bise, la fête de la musique, les visages des passants débarrassés du masque. 

Ce qu’il y a de plus étonnant dans toutes les fins du monde traversées, qu’il s’agisse des attentats, des gilets jaunes à l’Arc de Triomphe, ou bien encore du coronavirus, c’est qu’après chacune de ces fins du monde, le monde est encore là, à nous regarder étonné sans comprendre comment font ces êtres pour vivre comme avant, presque comme si de rien n’était.

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