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L’un des hommes les plus détestés d’Angleterre est mort…

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Absolument. C’était l’un des hommes les plus détestés d’Angleterre, et peut-être même le plus détestable - vous vous ferez votre opinion. Cependant, et c’est la raison pour laquelle je vous en parle, les circonstances l’ont conduit à mener un juste combat, celui du respect de la vie privée.

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. Crédits : CARL COURT - AFP

Son nom tout d’abord : il s’appelait Max Mosley. Il est mort ce week-end à l’âge de 81 ans. Peu connu en France, c’était un ancien pilote, cofondateur et dirigeant d’une écurie de voitures de course et président de la Fédération internationale automobile (FIA) de 1993 à 2006. Jusque-là, rien de particulièrement notable. 

Ce qui l’est plus, c’est son nom de famille. Si celui-ci ne vous dit rien, en Angleterre, un tel nom est très célèbre puisque le père de Max Mosley, Oswald, était le leader du parti nazi anglais, « British Union of Fascist », parti adoubé directement par Hitler. Il y avait une telle proximité entre le Führer et les parents de Max Mosley qu’Hitler avait été leur témoin de mariage. Une hérédité chargée, donc, que le fils - Max Mosley - n’a pas tout de suite contestée puisqu’il aurait eu des sympathies fascistoïdes étant jeune, soutenant notamment le régime de l’apartheid en Afrique du Sud. Malgré son pedigree embarrassant, Max Mosley est devenu pilote de course, et a pris la tête de la Fédération internationale automobile pendant 13 ans. 

Entre parenthèse, je tiens à vous dire que l’un de ses homologues français, Jean-Marie Balestre, lequel a dirigé la Fédération internationale du sport automobile (FISA) de 1978 à 1991, n’était rien moins qu’un ancien Waffen SS français – preuve que nous aussi nous aurions à balayer devant notre porte.  Fermez la parenthèse. 

Donc je récapitule, Max Mosley est un homme que vous avez parfaitement le droit de trouver antipathique, il avait beaucoup d’ennemis, et peut-être était-il légitime d’être son ennemi. Par ailleurs, dans sa vie privée Mosley était un adepte du SM. "Et alors ?" pourriez-vous vous dire. Eh bien en 2008, l’un des tabloïds de Ruppert Murdoch, le « News of the World » publia les images d’une sex tape où l’on voyait Mosley s’adonner à des jeux sexuels en uniforme avec des travailleurs du sexe. Cette publication marqua le début de la fin de la carrière de Mosley. Comme quoi, il est préférable d’être un nazillon que d’aimer se faire fouetter… 

Ce fut le début d’une croisade pour Mosley qui poursuivit le tabloïd pour avoir dévoilé sa vie privée. Tous les tribunaux, de l’Angleterre à la Cour européenne de justice, lui donnèrent raison. Il s’agissait de jeux sexuels entre adultes consentants. En somme, aucun délit ne pouvait être retenu contre lui. Aucun délit à ceci près que la vie privée de Mosley fut dévastée, et malgré ses victoires judiciaires, il ne se remit jamais de cette publication. D’où la question suivante : un sale type a-t-il droit à sa vie privée ? 

C'est ainsi que le nom de Mosley ne désigne pas seulement en Angleterre le nom d’un salaud, s’il n’est pas celui d’un martyr, il est à coup sûr celui d’un dilemme. On peut être un mauvais homme et mener un bon combat.

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