LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Gros plan sur un kebab

Contre Erdogan, pourquoi ne pas lancer la guerre du Kebab ?

2 min

Voilà une bonne façon de porter le fer… Comme nous y invite Erdogan, pourquoi ne pas porter le conflit franco-turc sur la scène de la basse gastronomie ?

Gros plan sur un kebab
Gros plan sur un kebab Crédits : Getty

Oui, parce que je ne sais pas si vous avez remarqué mais depuis quelques jours ça vole bas, sur le plan culinaire je veux dire, entre boycott du Caprice des dieux pour polythéisme, boycott de la Vache qui rit…  Du coup, on pourrait imaginer une réplique sur le front du kebab. Cette idée pourrait sembler excellente si elle ne se heurtait pas à d’importantes difficultés pratiques.

Car figurez-vous qu’il existe une géographie du kebab en France, une géographie lexicale, révélée par le journal le Parisien – de la même façon que la France se divise entre pain au chocolat et chocolatine, il existe une France du « grec », grosso modo l’Ile de France, une France du döner, Colmar et Strasbourg, et une France du Kebab, le reste du territoire. 

Derrière tout cela, on note une forme d’appropriation culturelle. En effet, le Kebab qui est aussi turc que la raviole est dauphinoise -le Kebab turc ayant été grécisé à son insu- qui pourrait donner des billes à Erdogan dans sa lutte contre la France, jugeant que l’affront est allé très loin.   Il est en effet assez scandaleux de vouloir gréciser cette  spécialité culinaire des peuples turcs nomades d’Asie centrale Comme une manière de nier le génie culinaire turc qui développe depuis des siècles cette alliance de pain de viande et de sauce barbecue… Bien que la sauce barbecue n’y était peut-être pas au départ. 

La plus ancienne mention du kebab remonte à la seconde moitié du XVI e siècle. Un siècle plus tard, le voyageur bourguignon Bertrandon de la Broquière -avec un nom pareil il devait être du Quai d’Orsay- rapporte : « Me firent les Turcs mengier cha[i]r rostie, ce soir, qui n'estoit point cuitte à moittié à beaucop, et la trenchions en rostissant en la broche» . Erdogan serait donc fondé à mener un procès en appropriation culturelle contre les Grecs qui usurpent cette recette turque, prolongeant la réflexion sur l’intersectionnalité sur le terrain culinaire. 

Il est en effet temps de hiérarchiser les dominations gastronomiques, le grec se frottant au kebab, la sauce yankee menant une offensive sur la viande, sans parler de la pita sioniste qui se rapproche de la frite belge, autant dire, de la frite eurocrate. Voilà un beau projet pour le président turc, avec un seul risque, imiter le kebab… Je veux dire finir par faire du sur place en tournant autour de lui-même.

Note : les citations de cette chronique proviennent du livre de Benjamin Baudis, Kebab : Question döner, publié chez Orient Editions, (2018).

L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......