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Des policiers devant la mosquée de Bayonne, Pyrénées-Atlantiques, le 28 octobre 2019. Un homme a blessé deux personnes par balle après avoir tenté d'incendier la porte de la mosquée. Il a été interpellé après avoir pris la fuite.

Quand un attentat est-il un attentat ?

2 min

Oui, enfin vous voyez ce que je veux dire : quand faut-il nommer une attaque dirigée de manière évidente contre des personnes et non contre une personne, un attentat ?

Des policiers devant la mosquée de Bayonne, Pyrénées-Atlantiques, le 28 octobre 2019. Un homme a blessé deux personnes par balle après avoir tenté d'incendier la porte de la mosquée. Il a été interpellé après avoir pris la fuite.
Des policiers devant la mosquée de Bayonne, Pyrénées-Atlantiques, le 28 octobre 2019. Un homme a blessé deux personnes par balle après avoir tenté d'incendier la porte de la mosquée. Il a été interpellé après avoir pris la fuite. Crédits : GAIZKA IROZ - AFP

La question se pose évidemment au lendemain de l’attaque de la mosquée de Bayonne que personne n’a qualifiée d’attentat… sauf Marine Le Pen. 

Alors, qu’est-ce qu’un attentat ? C’est, nous dit le dictionnaire, une action destinée à nuire, autrement dit à attenter aux biens ou à la vie d’autrui, dans un contexte politique ou terroriste. Donc, pour savoir ce qu’est un attentat il faut déjà définir ce qu’est un contexte terroriste ou une justification politique. Le terrorisme est défini comme l’emploi de la terreur à des fins politiques, religieuses, ou idéologiques, il y a apparemment plus de 109 définitions du terrorisme. Ceci posé, il apparaît évident que le geste perpétré à Bayonne avait pour but de propager la terreur : cet homme s’en est pris à des personnes qu’il ne connaissait pas, en raison de leur religion. 

Et pourtant, les journaux ce matins n’emploient pas le mot d’attentat et encore moins celui de terrorisme. Libération parle ainsi d’une « attaque », des « coups de feu éclatent devant la mosquée de Bayonne, blessant grièvement deux personnes », alors même qu’on a, semble-t-il, retrouvé des écrits politiques de cet homme. J’ai cité Libération, mais j’aurais pu citer Le Figaro, qui parle d’une « attaque contre la mosquée de Bayonne ». 

Il s’est passé la même chose à la synagogue de Pittsburgh en octobre 2018, un homme avait alors tué 11 fidèles, et pourtant le terme d’attentat a été à peine utilisé, et seulement deux ou trois jours après pour qualifier cet acte. Pourtant là aussi les motivations politiques, et racistes, de l’acte ne faisaient aucun doute. D’où vient alors cette prudence lexicale, dans des contextes où il n’y a pourtant guère d’ambiguïté, l’acte valant motivation puisqu’on ne vise pas une mosquée en pensant s’en prendre à un autre lieu public ? On peut être terroriste sans organisation terroriste, commettre un tel acte sans avoir tout son sens commun, dans ces conditions pourquoi ne pas évoquer l’attentat ? 

Jadis, au Moyen-Age, on avait peur de prononcer le mot « peste » pendant les épidémies de peste, a-t-on abandonné ces superstitions ? Il paraît que les mots tuent, ce n’est pas une raison pour ne pas utiliser le bon mot qui explique pourquoi on a tué.

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