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Rencontre entre le président Donald Trump et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un le 28 février 2019.

Jouer sa peau

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Faut-il obliger nos dirigeants à jouer leur peau ?

Rencontre entre le président Donald Trump et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un le 28 février 2019.
Rencontre entre le président Donald Trump et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un le 28 février 2019. Crédits : Saul LOEB - AFP

Jouer sa peau au sens littéral du terme, autrement dit si vous voulez survivre, vous réussissez, sinon... C’est la formule barbare qui a été appliquée en Corée du Nord puisque l’échec du dernier sommet entre coréens et américains a entraîné l’exécution de l’émissaire spécial de Kim Jong-Un, et de quatre autres responsables du Ministère des affaires étrangères. Quant à l’interprète nord-coréen de la rencontre, il aurait commis une faute de traduction, ce qui se serait traduit par un séjour dans un camp de prisonnier — bref votre cauchemar existe, il se trouve en Corée du Nord. 

Oui mais voilà, il se trouve que Jouer sa peau est aussi le titre d’un livre, un livre signé par un essayiste génial, foutraque et délirant, Nassim Nicholas Taleb, et publié l’année dernière aux éditions des Belles Lettres. Dans ses livres, Taleb théorise, explique un certain nombre de choses alambiquées, mais qui donnent à chaque fois de quoi penser, même si un pays régi conformément par les théories de Taleb serait promis à l’injustice et au chaos. 

Et donc, dans ce livre intitulé Jouer sa peau, Taleb explique que le monde occidental va mal précisément parce que nos responsables ne risquent plus leur peau. Si l’on en croit Taleb, jamais auteurs de preneurs de non risques — c’est comme cela qu’il appelle nos responsables, des personnes qui ne s’exposent pas personnellement — n’ont exercé une telle emprise sur le cour des choses. 

C’est ainsi que Taleb dénonce le poids des asymétries dans la vie quotidienne, autrement dit de ces mécanismes qui se présentent sous la forme de  l’alternative “face je gagne, pile tu perds”. Une situation non risquée pour les uns, où seuls les autres peuvent perdre, c’est par exemple ce jeu qui a permis aux financiers en 2008 de plonger le monde dans une profonde dépression. Et pourquoi s’en seraient-ils privés explique Taleb, puisque pendant des années, ils ont gagné des milliards en vendant des produits très risqués, bref ils ont gagné beaucoup, et lorsqu’ils ont perdu, ils ont perdu bien peu. En l’occurrence, ils n’ont jamais joué leur peau. 

Tout le contraire de ce qui se passe en Corée du Nord où une erreur de traduction peut vous envoyer en camp. Oui mais voilà : imaginez un peu vous êtes un responsable américain et vous savez que si vous refusez l’accord proposé par vos interlocuteurs nord-coréens, la personne que vous avez en face de vous va être exécutée. Comment négocier dans ses conditions ? Voilà un nouveau dilemme dans les relations internationales — une autre asymétrie — où l’on doit se risquer à risquer la peau de l’autre...  

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