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Journal Libération sortant de la machine d'impression rotative.

Faut-il être né avec une cuillère en argent dans la bouche pour être journaliste ?

2 min

C’est la vraie interrogation posée par Libération dans une sorte d’auto enquête : Libération est-il un journal rédigé par des enfants de CSP+, qui ont tous fait les études dans les mêmes villes, et les mêmes écoles ?

Journal Libération sortant de la machine d'impression rotative.
Journal Libération sortant de la machine d'impression rotative. Crédits : FRED DUFOUR - AFP

S’en est suivi un débat avec différents protagonistes, notamment Daniel Schneiderman, un vrai débat ce qui n’est pas étonnant puisque c’est une question qui interroge les fondements même de la sociologie. 

D’après les résultats de cette enquête une majorité de journalistes sont nés dans des familles bien dotées en capital social et/ou culturel : c’est ainsi que sur un échantillon de 112 personnes,  seuls 31 journalistes de Libération (un petit tiers des répondants donc) n’ont aucun parent CSP , et l’on note dans cette rédaction une surreprésentation notamment des enfants de profs. Alors je n’ai pas fait l’enquête à France Culture mais il se pourrait fort bien que l’on trouve les mêmes résultats, même si certains dispositifs au sein de Radio France encouragent la mixité sociale : par exemple, le fait que seuls les étudiants boursiers soient admis en contrat d’alternance. 

En admettant en tout cas que les journalistes soient majoritairement filles et fils de bourgeois, qu’est-ce que cela dit sur la manière de voir le monde de ces dits journalistes ? A cette question, il existe deux fausses réponses. La première, c’est ce que l’on appelle le déterminisme ou le sociologisme, elle consiste à dire que l’on n’est finalement que le prolongement de son milieu, et que les fils de bourgeois sont condamnés à reproduire la vision du monde de la bourgeoisie. On connait l’objection traditionnelle adressée à cette règle, tous les penseurs révolutionnaires ou presque sont des filles et des fils de bourgeois. Mais, à l’inverse, si aucun déterminisme social n’existe, s’il n’y a pas de régularité sociale, à quoi bon faire de la sociologie, pourquoi ne pas remplacer la sociologie par une multitude de récits de vie, comme si la société n’était agitée que par des mécanismes aléatoires ?

D’autant qu’il n’y a finalement pas de grande surprise dans le fait de découvrir que les journalistes recrutés désormais à bac plus 5, soient comme les autres étudiants, plutôt fils de CSP Plus. On peut le déplorer, il faut le constater. Mais pourquoi cela générerait-il une même vision du monde. La question n’est pas seulement le point de départ, elle est aussi le point d’arrivée. Et là, les chiffres sont imparables. Parmi les titulaires de carte de presse, un quart sont des précaires. Parmi ceux qui vivent de piges, un peu moins de 20000 journalistes, à comparer avec les 35000 cartes de presse, touchent un peu moins de 1000 euros par mois. 

Voilà pourquoi, en matière de diversité dans les médias, il ne faudrait pas que l’éditorialiste cache les journalistes, ou, pour employer le vocabulaire de la critique des médias, que le chien de garde, cache les chiens errants… 

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