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Et si l’on remplaçait le grand oral par le grand dialogue

Et si l’on remplaçait le grand oral par le grand dialogue

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La vogue des concours d’éloquence est une excellente chose, on verra ce qu’il en est pour le grand oral, nouvelle épreuve du baccalauréat. Je me demande juste s’il ne serait pas raisonnable d’ajouter une nouvelle épreuve entièrement et complètement consacrée au dialogue.

Et si l’on remplaçait le grand oral par le grand dialogue
Et si l’on remplaçait le grand oral par le grand dialogue Crédits : Martin Barraud - Getty

Car je n’ai pas vraiment l’impression que les monologues ou les soliloques soient en perte de vitesse, le nombre de GG comme on dit chez les camarades d’une autre radio, des grandes gueules, ne semble pas en diminution notable. En revanche, une foule d’indices témoigne d’une incapacité grandissante à écouter l’autre, échanger des arguments, voire simplement à pouvoir appréhender des opinions différentes des siennes autrement que sous l’angle du trouble de la cognition, de la dégénérescence neuronale, bref de la connerie si vous préférez. 

Si vous en doutez, jetez un coup d’œil furtif sur Twitter et vous serez édifié. La disparition de Philousport est d’ailleurs à cet égard parfaitement éclairante. Philousport, pour ceux qui ne le connaissaient pas, était un twitto particulièrement populaire, auteur de commentaires sportifs décalés. La disparition de cet homme ce week-end a suscité beaucoup de tristesse sur le réseau social, notamment parce que c’était un twitto véritablement bienveillant, l’écrasante majorité des autres confondant la rhétorique avec la présence sur un octogone. La discussion devenant un sport de combat selon cette expression parfaitement galvaudée, où l’on gagne donc par KO, et non par capacité à convaincre l’autre ou à changer la représentation du monde des deux interlocuteurs. 

Je ne pense pas que quiconque ait déjà changé d’avis sur Twitter, tout simplement parce que Twitter n’est pas fait pour ça. Et je crains que le grand oral développe encore cette capacité à pérorer seul, en espérant au travers de son soliloque assommer l’autre. Voilà pourquoi on pourrait imaginer d’autres épreuves, un examen de silence où il faudrait écouter l’autre, un examen de pensée contre soi-même, où il faudrait se mettre à la place de l’autre, un examen de dialectique, où l’on pourrait comprendre que ce qui est univoque mérite souvent d’être repensé. Un exercice où l’on ne confondrait plus les micros avec des punching-ball.

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