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Les buttes contre les buts

Parcs et jardins, et mobilier urbain

2 min

Aujourd’hui je veux parler parcs et jardins, et mobilier urbain…

Les buttes contre les buts
Les buttes contre les buts

Figurez-vous qu’il y a quelque chose d’extraordinaire à côté de chez moi, à Paris, un parc - ou plus exactement, comme il s’agit d’une modeste surface verte, ce que l’on appelle un square - un lieu rare dans un quartier de Paris plutôt minéral…

Un petit espace vert où - chose inouïe - les enfants jouent, et même plus étonnant encore, jouent au ballon. Or, il est arrivé une drôle de chose à la pelouse où les enfants jouaient. Elle a attrapé le covid du gazon. Je veux dire qu’après plusieurs semaines où celle-ci était inaccessible, elle est revenue plissée, constellée de petits monticules, une multitude de petites buttes s’était emparée de cette surface gazonnée. 

Et figurez-vous que d’après les experts que j’ai interrogés – experts dont l’âge moyen est de 9 ans – ces déclivités sur le gazon rendent impossible la pratique de tout jeu de ballon sur cette surface. De là à penser que c’était le but de la manœuvre, rendre les buts impossibles, il n’y a qu’une passe, que - dans le quartier - tout le monde a fait. 

Installer un dispositif pour empêcher les enfants de jouer, voilà qui ressemble furieusement aux trésors d’imagination pour rendre les bancs impropres à la sieste, pour hérisser de pics tout lieu qui pourrait servir à abriter des SDF en ville. Une nouvelle conception de la ville, interdite aux enfants, aux clochards et puis un jour peut être aux coiffeurs – pourquoi aux coiffeurs d’ailleurs. 

Une ville interdite aux enfants, au moins cela facilitera le travail des chercheurs qui se demandent pourquoi les familles quittent Paris, on ne remerciera jamais assez une mairie qui invente le jardin hostile aux mômes. 

Cela fait penser au sociologue Bruno Latour qui s’est beaucoup intéressé aux dos d’ânes, dispositifs moraux destinés, sans intervention humaine, à obliger les automobilistes à ralentir. « Ce qu’ils font exactement, écrit-il, nul ne le sait, et c’est pourquoi leur introduction dans les campagnes ou les villes, commencées sous les auspices de la fonction, finissent toujours par ouvrir une histoire compliquée, au point de finir parfois au Conseil d’état ». 

Si les dos d’ânes peuvent conduire au Conseil d’état, le gazon plissé empêcheur de jeux d’enfants, nous y mènera peut-être, comme le symbole d’une ville inventée, non pas sans les enfants, mais contre les enfants, avec pour reprendre l’expression de Latour, non pas un dispositif moral, comme les dos d’ânes, mais un dispositif profondément immoral. 

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