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Gravure d'un médecin de peste du XVIIe siècle, réalisée en 1880

Et si le Covid, c’était "la peste" ?

3 min

Je veux dire, et si c’était "La Peste" de Camus… et si nous ne comprenions pas tout – car on reparle de Camus, c’est Starobinski qui s’y colle.

Gravure d'un médecin de peste du XVIIe siècle, réalisée en 1880
Gravure d'un médecin de peste du XVIIe siècle, réalisée en 1880 Crédits : Crédits : Bildagentur-online - AFP

Le dernier livre, livre posthume, du génial critique littéraire Jean Starobinski vient de paraître, c’est le philosophe Martin Rueff qui l’a édité, aux éditions du Seuil. Starobinski est un cumulard, c’est un immense critique littéraire, on lui doit notamment des ouvrages essentiels notamment sur Montaigne, Rousseau, les Lumières. Mais Starobinski était aussi médecin, médecin psychiatre, marié avec une médecin, et lorsque Starobinski a commencé à enseigner, il a donné des cours d’Histoire de la médecine. Or le voilà dans son dernier livre qui parle de La Peste, de La Peste de Camus bien sûr, mais aussi de l’épidémie en général. « La peste est scandale métaphysique et scandale moral » écrit Starobinski. Personne ne comprend pourquoi la peste se diffuse, alors on lui donne des raisons morales hier comme aujourd’hui, relâchement, relâchement des jeunes, imprudences des vieux, irresponsables. Et Starobinski de raconter comment Camus s’est plongé dans les écrits des médecins du passé pour rédiger sa Peste. Eh bien, depuis le Moyen Âge, depuis la peste, les conseils pour combattre la peste ou le Covid n’ont guère évolué… Voilà un traité de la peste écrit en 1636 qui stipule, ils sont d’avis, lorsque vous visitez un malade, que vous fassiez ouvrir les « fenêtres de la chambre ». Les mêmes auteurs, poursuit Starobinski, vous conseillent de porter un masque à lunettes et de placer au-dessus de votre nez un linge imbibé de vinaigre. Mais surtout, ajoute un autre médecin, pour ne pas devenir pestiféré, il faut demeurer dans la mesure, ne pas provoquer les dieux, parce qu’écrit-il en 1551, « la plupart de ceux qui meurent de cette maladie sont excessifs ». Et aujourd’hui encore, nous l’entendons cette explication, plusieurs siècles après, mais ajoute Starobinski, il faut tout le génie de Camus pour peindre La Peste en jetant le discrédit sur les mesures administratives qui permettraient de lutter contre elle, autrement dit pour faire un grand roman sur une morale que Starobinski juge fausse. Car on ne se sauve pas seul de la peste, il faut choisir, ou bien guérir la société ou bien mourir seul. Et ce texte sur Camus s’achève sur ces mots : « sauver des vies suppose que l’on sache donner un sens à la vie, que l’on connaisse le prix de la vie ».

Jean Starobinski, Le Corps et ses raisons, Paris, Seuil, (2020). 

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