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The Navigators de Ken Loach

C'est qui le patron ?

2 min

Lors des mouvements sociaux, l'empathie du public va plus souvent aux salariés qu'aux dirigeants... Sauf à la SNCF ?

The Navigators de Ken Loach
The Navigators de Ken Loach Crédits : Diaphana Films

Dans son dernier long-métrage, ‘’Sorry, we missed you’’, Ken Loach fait du Ken Loach. Comme dans tous ses films consacrés au monde du travail, il se place du côté du salarié plutôt que de celui du patron (même si cette fois-ci, les rôles sont moins précis puisque l’histoire se déroule dans l’univers de l’auto-entrepreneuriat).  

De manière générale, le cinéma prend le parti du dirigé plutôt que celui du dirigeant, et dans la ‘vraie vie’, nous sommes tentés d’en faire autant. Quand un conflit social apparaît, l’empathie va aux ouvriers, aux employés, aux petites mains, pas aux PDG.  

Il est pourtant une entreprise et une corporation qui, par un curieux renversement, provoquent la réaction inverse. L’entreprise : la SNCF. La corporation : celle des cheminots.  

Qu’une grève éclate et c’est l’hallali. Le bon peuple des usagers se révolte contre cette caste de ‘privilégiés’ que sont les contrôleurs, les conducteurs de train. Les éditorialistes, rendus hargneux, perdent tout sens de la mesure dès qu’un train est annulé.  

Attention, je ne dis pas que ça n’est pas ennuyeux, ni même exaspérant, en particulier pour celles et ceux qui le prennent au quotidien. Mais dans des cas comme celui-ci, c’est comme s’il devenait impossible d’examiner, avec un minimum de distance, les raisons profondes qui poussent les cheminots à se mettre en grève. Elles ne sont peut-être pas toujours bonnes, mais elles ne sont peut-être pas toujours mauvaises.  

En 1995, les désagréments n’étaient pas moindres mais le mouvement était resté populaire. Qu’est-ce qui a changé ? Le fait que les dernières grèves sont catégorielles. Le prix des billets, qui encourage l’exaspération. Mais aussi le discours autour de la SNCF, qui nous coûte cher, à nous contribuables : c’est devenu le refrain dominant. Du coup, quand les trains sont en grève, celui qui sommeille en nous et qui se réveille : c’est le patron !  

Il y a une quinzaine d’années, Ken Loach avait réalisé ce qui reste à ce jour un de ses meilleurs films : ‘’The navigators’’, plongée documentaire dans l’univers du ferroviaire britannique, confronté à la privatisation. S’il devait ressortir en salles aujourd’hui, je ne donnerais pas cher de sa peau au box-office.

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