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Emmanuel Macron donnant un discours devant les vétérans américains de la Seconde guerre mondiale à Colleville-sur-Mer, en Normandie, le 6 juin 2019, dans le cadre du 75ème anniversaire du Débarquement des Alliés sur les plages de Normandie.

Commémorer les commémorations

2 min

En découvrant hier les commémorations du Débarquement, je me suis dit qu'il ne serait pas inintéressant d'avoir une histoire des commémorations : comment en est-on arrivé à commémorer ainsi la Seconde guerre mondiale.

Emmanuel Macron donnant un discours devant les vétérans américains de la Seconde guerre mondiale à Colleville-sur-Mer, en Normandie, le 6 juin 2019, dans le cadre du 75ème anniversaire du Débarquement des Alliés sur les plages de Normandie.
Emmanuel Macron donnant un discours devant les vétérans américains de la Seconde guerre mondiale à Colleville-sur-Mer, en Normandie, le 6 juin 2019, dans le cadre du 75ème anniversaire du Débarquement des Alliés sur les plages de Normandie. Crédits : Damien MEYER - AFP

Tenez, cette année par exemple, cette question : comment a-t-on réussi à effacer les Russes de la photo, à commémorer un événement de la Seconde guerre mondiale sans que les Russes soient présents ? Alors, juste un chiffre sur ce que la Seconde guerre mondiale doit aux Russes : 68% des hommes nés en Russie en 1923 sont morts pendant la Seconde guerre mondiale ; sur 5 soldats allemands morts au front pendant la Seconde guerre mondiale, 4 sont morts sur le front de l'Est. Et pourtant pas de Russes donc pour cette nouvelle Seconde guerre mondiale.

Pas de Russes, probablement parce que les Russes de maintenant nous dérangent. Pas sûr, pour autant, qu'ils soient pires que les Staline ou même les Brejnev que l'on conviait évidemment naguère aux commémorations, mais enfin, notre rêve est d'avoir une histoire propre. Alors, peut-être un jour allons-nous commémorer la Révolution française sans Robespierre, ou bien aura-t-on droit à un baptême de Clovis éco-responsable. 

Donc, une Seconde guerre mondiale sans soviétiques, très bien, et puis une Seconde guerre mondiale gagnée par les Français... Je veux dire qu'un martien, débarqué hier sur les plages du Débarquement, aurait pu croire que nous avons remporté la bataille, et bien évidemment la guerre. Une manière d'évacuer les mille questions que continue à nous poser notre défaite : d'abord, comment a-t-on réussi à perdre la guerre puisque, je vous le rappelle — sinon personne ne le fera — la France avait en 1940 plus d'armes, d'hommes et de tanks que l'Allemagne ? 

Dès lors, notre devoir de mémoire doit nous inciter bien sûr à célébrer les 177 hommes du commando Kieffer qui étaient sur les plages du Débarquement, mais il ne serait pas inutile non plus de nous rappeler les autres, ceux qui ont accueilli l'armistice comme un lâche soulagement, parce que comme le disait Marc Bloch, mort assassiné pendant la Seconde guerre mondiale : « Jusqu'au bout, notre guerre aura été une guerre de vieilles gens ou de forts en thèmes, engoncés dans les erreurs d'une histoire comprise à rebours ».  Je ne suis pas sûr du tout, je suis même sûr du contraire, que ce genre de commémoration nous aide à comprendre les événements censés être commémorés...

Marc Bloch, encore lui, estimait, je le cite, que « L'incompréhension du présent naît fatalement de l'ignorance du passé ». Eh bien, en ne commémorant pas l'étrange défaite, on ne risque pas de comprendre notre toute aussi étrange victoire...

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