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Le "miles", ce sont les points qu’accordaient à l’origine les compagnies aériennes pour récompenser leurs "frequent travelers".

Et si l’on s’intéressait enfin aux souffrances des riches…

2 min

Eh bien oui, pourquoi pas. Et notamment aux privations de ceux qui ont tout, je veux parler de ceux qui vivaient sur une montagne non de Bitcoin, mais d’une monnaie largement plus inégalitaire, le "miles".

Le "miles", ce sont les points qu’accordaient à l’origine les compagnies aériennes pour récompenser leurs "frequent travelers".
Le "miles", ce sont les points qu’accordaient à l’origine les compagnies aériennes pour récompenser leurs "frequent travelers". Crédits : Flashpop - Getty

Le "miles", je le dis pour les déshérités qui nous écoutent, ce sont les points qu’accordaient à l’origine les compagnies aériennes pour récompenser leurs "frequent travelers". 

Voilà une invention que j’ai toujours trouvée vertigineuse – plus que les limousines rallongées, le trading haute-fréquence et le caviar à la louche. Songez-y un instant : le "miles" consiste à donner plus à ceux qui ont déjà tout, autrement dit à offrir des voyages gratuits à ceux qui peuvent déjà se les payer, un peu comme si l’on offrait des diamants aux gros contribuables. 

Le "miles" permet donc de récompenser les privilégiés, c’est vieux comme les Evangiles de Saint-Matthieu, mais moins catholique. Saint-Matthieu expliquait qu’à "ceux qui ont tout, tout sera donné au surplus", on n’a jamais bien compris pourquoi mais les compagnies aériennes l’ont fait. Et comme l’inégalité est ce qui sauve le capitalisme, le "miles" a fait des émules – même les magasins pour pauvres ont imité les compagnies aériennes : à chaque fois que je vais dans mon Intermarché préféré, on me propose de collectionner les vignettes Geneviève Lethu, lesquelles me permettront, au bout de quelques siècles d’achats, de m’offrir une ménagère complète. 

Mais revenons à nos miles, cette belle invention, qui répond selon l’un de ses inventeurs, à cette pulsion mystérieuse chez l’être humain selon laquelle "les gens sont prêts à dépenser n’importe quelle somme pour obtenir des voyages gratuits".

Voilà ce bel édifice aujourd’hui mortellement touché. La bête à picots a eu raison de tout – des restaurants gastronomiques comme du rade du coin – mais elle a aussi et surtout mis un terme aux voyages en avion. Maman ou papa est en voyage d’affaires, c’était hier. Du coup, il arrive un phénomène étrange aux "miles" : il n’est pratiquement plus possible d’en gagner, et il est encore plus difficile d’en dépenser. Le "miles" est devenu aussi utile qu’une carte American express au milieu d’une forêt drômoise – ou du Cap de Bonne-Espérance. Cela signe peut-être votre pouvoir d’achat mais vous n’allez rien pouvoir acheter. Normalement, si le capitalisme était logique avec lui-même, il confierait ces millions de "miles" aux pauvres. Ça les changerait, eux n’ont pas l’habitude de crouler sur ce qui ne sert à rien. 

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