LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Mur de photos en souvenir des Juifs déportés dans le camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau. Photo prise à Oswiecim en Pologne le 25 janvier 2015, 70 ans après la libération du camp.

Faut-il parler du rapper antisémite "Freeze Corleone"?

2 min

La meilleure manière de faire le buzz aujourd’hui est de brailler quelques paroles contenant les mots clés : Hitler, Shoah, Juif, et pour clouter la chose, rajouter Mollah Omar, au cas où ça ne suffirait pas. Il suffit de réunir ces quelques syllabes pour sortir à coup sûr de l’anonymat.

Mur de photos en souvenir des Juifs déportés dans le camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau. Photo prise à Oswiecim en Pologne le 25 janvier 2015, 70 ans après la libération du camp.
Mur de photos en souvenir des Juifs déportés dans le camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau. Photo prise à Oswiecim en Pologne le 25 janvier 2015, 70 ans après la libération du camp. Crédits : JOEL SAGET - AFP

Faut-il parler du rapper antisémite "Freeze Corleone" ? C’était la question que je me posais hier. Il y en a eu d’autres, il y en aura d’autres. La meilleure manière de faire le buzz aujourd’hui est de brailler quelques paroles contenant les mots clés : Hitler, Shoah, Juif, et pour clouter la chose, rajouter Mollah Omar, au cas où ça ne suffirait pas. Il suffit de réunir ces quelques syllabes pour sortir à coup sûr de l’anonymat, non pas devenir un artiste, bien sûr, mais devenir quelqu’un de connu pour quelques jours. Je me demandais s’il fallait parler de l’énergumène. 

Et puis je suis allé au cinéma voir « Mathilde et Rosette », le beau film d’Alice Ekman, un film où un homme de 92 ans raconte la déportation à Auschwitz de la famille de son frère, autrement dit son frère, sa belle-sœur et leurs deux enfants, Mathilde et Rosette âgés de 6 et 10 ans. On les a déportés la nuit de Roch Hachana 1942, autrement dit, la nuit du nouvel an. C’était la rafle de Lens où un peu plus de 500 Juifs ont été arrêtés. C’était facile ce soir-là, puisqu’à coup sûr, les familles seraient réunies. Je dis « on » les a déportés, mais je peux être plus précis. A l’école de Lens, se trouve un registre où entre deux appréciations de l’instituteur, « peut mieux faire », « s’est bien appliqué », se trouve cette phrase « emmené par les Allemands ». « Emmené par les Allemands » est un mensonge puisque ce sont les gendarmes français qui ont commis la rafle de Lens. 

Je regardais ce film et je songeais aux paroles de ce rapper censé se réjouir de la besogne accomplie par les Nazis, ce clip où il lâchait qu’il n’en avait rien à faire. Mais précisément, tout dans son comportement montrait qu’il n’en avait pas rien à faire, qu’il savait pertinemment que c’était là qu’il fallait frapper, qu’en quelques phrases, il mettrait une bonne part du pays en émoi. 

La technique est bien vieille. Je crois qu’elle a été inaugurée par le chanteur des Sex Pistols, il y a bientôt 50 ans, allant déambuler dans les rues du quartier juif à Paris, habillé d’un tee shirt portant une croix gammée. Mais la ruse de l’histoire, c’est que ces profanateurs aboutissent au résultat inverse de celui qu’ils cherchaient. Nous n’en aurons jamais rien à faire de Mathilde et Rosette, de ces deux petites filles mortes en déportation. Une tombe profanée reste une tombe, et la négation de la métaphysique, là est le mystère, reste de la métaphysique. 

L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......