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Un groupe de journalistes à Paris en 1991

Les journalistes pris en otage par la grève

2 min

Barthes expliquait que le Figaro de son temps scindait le monde social en deux, comme le « théâtre bourgeois », comme s’il n’y avait que deux races de personnes.

Un groupe de journalistes à Paris en 1991
Un groupe de journalistes à Paris en 1991 Crédits : Bernard Bisson - Getty

Vous voulez parler de ceux qui sont pris en otages par la grève… 

Oui, enfin ça c’était pour vous aider à vous réveiller, parce que, ceux qui sont vraiment pris en otage par la grève ce sont les journalistes, obligés d’évoquer le conflit social – c’est notre métier, on ne peut pas uniquement parler de l’héritage de Johnny Halliday – et cependant dans une situation beaucoup plus délicate qu’en 1995. 

Car en 1995, même si je n’étais pas journaliste à l’époque, je me souviens que les réseaux sociaux n’existaient pas. Ce qui fait que nos glorieux aînés qui eurent à traiter de ce conflit, de Philippe Tesson à ma droite jusqu’à Claude Cabanes à ma gauche, ces glorieux ainés donc, n’avaient pas encore la possibilité technique de recevoir de doux messages les traitant de « chiens de garde du capital » ou bien de « gauchiasses ».

Ils ne pouvaient pas encore être traités de succursale du Medef puisque le Medef n’existait pas encore, ou d’annexe des Insoumis puisqu’à l’époque, j’imagine tout le monde était soumis. Mieux encore, l’invention des réseaux sociaux, permet la réception simultanée de messages évoquant simultanément votre passion coupable pour Sarkozy, ça c’était la semaine dernière, et votre amour dévorant pour la CGT, ça c’est plutôt pour cette semaine, sans oublier, pour faire bonne mesure, votre sionisme dégoutant, ça c’est pour tout à l’heure puisqu’il sera question du conflit israélo-palestinien. 

Mais si l’on en revient à la grève, alors tout cela rappelle le texte de Roland Barthes, qui dans l’analyse de ses mythologies contemporaines, évoquait l’usager de la grève, charge contre les « médias bourgeois » - c’était le vocabulaire de l’époque - Barthes visant alors le Figaro, coupable selon lui de soulever de faux antagonismes entre grévistes et usagers. 

Barthes expliquait que le Figaro de son temps - nous étions alors dans les années 1950 - scindait le monde social en deux, comme le « théâtre bourgeois », comme s’il n’y avait que deux races de personnes, je le cite, « le cocu et l’amant ». Et il ajoutait, « la presse bourgeoise a le tort de disperser la collectivité en individus et l’individu en essences ». Et bien aujourd’hui, je puis vous annoncer la naissance d’une nouvelle essence, laquelle tire comme le disait Barthes, le « mensonge d’une symbolique », et cette nouvelle essence c’est celle de journaliste. 

Intervenants
  • Docteur en sociologie et producteur des Matins de France Culture
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