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Jean Starobinski en 1989

Jean Starobinski, une manière d’observer l’homme

2 min

Qui était Jean Starobinski, mort hier à l’âge de 98 ans ?

Jean Starobinski en 1989
Jean Starobinski en 1989 Crédits : Sophie Bassouls/Sygma - Getty

Un monument de la critique littéraire que les plus jeunes n’ont pas connu semble-t-il, si j’en juge par le bureau des Matins, où son nom était inconnu des trentenaires et moins avec qui je travaille quotidiennement. 

Alors voilà, comment présenter cet homme et ses travaux ? Un homme qui représente deux cultures qui sont aujourd’hui en péril, la littérature et la psychanalyse, deux manières de voir qui soulignent les complexités de l’homme alors que tout est fait aujourd’hui pour faire croire que l’homme est une mécanique simple…  

Alors, un exemple qui va vous permettre de comprendre comment entre Starobinski et aujourd’hui notre perception de l’être humain s’est dégradée, cet exemple, c’est l’enfant et les bonbons. Aujourd’hui, l’enfant et les bonbons, cela évoque le test du marshmallow, c’est un paradigme — un dogme — de la psychologie moderne. Il repose sur un principe simple : combien de temps un enfant va-t-il résister à un marshmallow, préférera-t-il un marshmallow tout de suite plutôt que deux dans 10 minutes ? Ce test du marshmallow a donné lieu à énormément de travaux. 

Maintenant la version de Starobinski : elle met en scène un enfant célèbre face à des bonbons, Jean-Jacques Rousseau. Starobinski évoque le désir de Rousseau pour les friandises, Rousseau qui, d’après ses Confessions, n’a jamais convoité qu’à la dérobée comme l’écrit Starobinski. Eut-il en poche tout l’argent nécessaire, Jean-Jacques Rousseau a honte d’entrer chez le pâtissier. Sa gêne est insurmontable, et Rousseau de dire, « j’aperçois des femmes au comptoir, je crois déjà les voir rire et se moquer entre elles du petit gourmand. […] Trois ou quatre jeunes gens tout près de là me regardent »… Le désir de Rousseau est condamné par timidité à être frustré… Et cette frustration conduit ce désir à croître, explique Starobinski, va obliger Rousseau à chercher d’autres satisfactions, obtenues par des voies plus obliques…. 

Et c’est ainsi que le désir de l’être devient complexe. Pourquoi le jeune Rousseau a-t-il honte de son désir ? Pourquoi cette angoisse dont l’ombre portée accompagne l’énoncé même du désir, se demande Starobinski ? C’est son âme, l’âme de Rousseau que cette question. Et l’âme humaine est infiniment plus complexe qu’un test du marshmallow, comme si la seule question liée au désir humain consistait à savoir combien de temps un être est prêt à différer une jouissance. Ce qui disparaît avec Starobinski, c’est une manière d’observer l’homme, l’homme dans sa complexité, et non pas l’homme mis en équation, lequel demeure pour l’essentiel un inconnu. 

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