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Des manifestants tiennent une pancarte contre l'anti-sémitisme lors de la marche blanche organisée à la mémoire de Mireille Knoll, le 28 mars 2018 à Paris

Lutter contre les "-isme"

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Comment a-t-on réussi à faire croire que la société française était à ce point racialisée, dominée par les différences ?

Des manifestants tiennent une pancarte contre l'anti-sémitisme lors de la marche blanche organisée à la mémoire de Mireille Knoll, le 28 mars 2018 à Paris
Des manifestants tiennent une pancarte contre l'anti-sémitisme lors de la marche blanche organisée à la mémoire de Mireille Knoll, le 28 mars 2018 à Paris Crédits : MICHEL STOUPAK - AFP

Que peut-on faire pour lutter contre certains "-isme", comme djihadisme ou antisémitisme ? 

Et bien tout d’abord être humble, parce qu’ il peut être facile de lutter contre une armée, c’est beaucoup plus compliqué de lutter contre des idées. Mais une expérience me sert de guide en la matière : lorsque je suis allé, il y a trois ans, au spectacle de Dieudonné, lorsque celui-ci faisait polémique. Pour entendre Dieudonné, mais aussi et surtout pour discuter avec ses spectateurs. 

Et là, je me suis rendu compte de la distance et de la proximité qui me séparait de ces Français, pour la plupart jeunes, représentants de l’ensemble du spectre politique : ils pouvaient voter pour François Hollande, Marine Le Pen ou bien aussi ne pas voter. 

Distance par rapport aux spectateurs de Dieudonné, tout d’abord, parce que leur humour n’est pas celui de ma génération. Un humour très racisant, renvoyant les juifs à la shoah, les noirs à l’esclavage, les musulmans au jihad. Un humour qui ne me faisait pas du tout rire, mais me donnait à penser : comment a-t-on réussi à faire croire que la société française était à ce point racialisée, dominée par les différences ?

Car, et c’est l’autre enseignement de cette visite à Dieudonné et aux siens, cette fois-ci, la proximité. J’avais plein de points communs avec ces jeunes, ils auraient pu être mes étudiants quand j’étais prof. Nous avions non seulement une langue, mais même des valeurs communes, aussi étonnant que cela puisse paraître : la tolérance, la démocratie, toutes ces notions leur étaient a priori tout aussi chères qu’à moi. Et c’est cela la grande différence avec le refus de l’autre aujourd’hui, l’antisémitisme par exemple, et son prédécesseur des années trente. 

Pour le dire en un mot, leur antisémitisme ne reposait pas sur une idéologie, mais sur une somme de stéréotypes. Et le pire serait à mon sens d’opposer des stéréotypes aux stéréotypes. Car dans ces conditions, on ne lutterait pas contre le racisme ou l’antisémitisme, on marquerait une distance, bref, on raciserait les racistes. 

Voilà pourquoi, à mon sens, la seule manière de lutter contre ces représentations c’est d’aller au contact. Autrement dit, leur montrer que nous faisons société, tous, car la cible des racismes ce n’est pas seulement le corps de Mireille Knoll ou celui d’Arnaud Beltrame, c’est le corps social tout entier. 

Intervenants
  • Docteur en sociologie et producteur des Matins de France Culture
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