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Le Président français Emmanuel Macron interrogé par Edwy Plenel et Jean-Jacques Bourdin le 15 avril 2018

Emmanuel Macron : la présidence solitaire ?

2 min

Chacun de nos présidents pourrait se caractériser par son rapport à l’amitié.

Le Président français Emmanuel Macron interrogé par Edwy Plenel et Jean-Jacques Bourdin le 15 avril 2018
Le Président français Emmanuel Macron interrogé par Edwy Plenel et Jean-Jacques Bourdin le 15 avril 2018 Crédits : FRANCOIS GUILLOT - AFP

« Certains cherchent à serrer des liens, d’autres n’ont pas d’amis », a notamment déclaré Emmanuel Macron hier soir, dans son interview par Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel.

Les deux interviewers demandaient à Emmanuel Macron de commenter le comportement vis-à-vis du fisc de deux oligarques présumés être ses amis, Bernard Arnault et François Pinault. « Je n’ai pas d’amis », a alors répondu Emmanuel Macron, un cri du cœur ou un cri de la raison qui lui est familier si l’on en croit l’écrivain Philippe Besson : une vraie rupture avec les présidents précédents. 

Vous savez que chacun de nos présidents pourrait se caractériser par son rapport à l’amitié : François Mitterrand avait des amitiés très encombrantes, je pense bien évidemment à René Bousquet, et une règle, ne jamais renier ses amis. Jacques Chirac n’avait lui que des amis parmi ses compatriotes, donnant l’impression qu’il était toujours l’heure de l’anisette. Nicolas Sarkozy a parfois donné l’impression qu’il aurait aimé avoir 40 amis, avec un 40 comme CAC 40. François Hollande a eu cinq ans pour faire le plan de table du PS, l’art de la synthèse étant de conserver tous ses amis. Et Emmanuel Macron, lui, donc, n’aurait pas d’amis. 

Une manière bien entendu de dire que l’on est inaccessible au conflit d’amitié, que l’on est le président de tous, et l’ami de personne, mais aussi une manière d’évoquer la solitude du pouvoir, celui qui isole et esseule. A moins, à moins qu’il y ait une manière encore plus noire d’entendre cet aveu, une manière de dire «  je n’ai pas d’amis, je n’ai que des obligés, je n’ai que des courtisans ». 

La courtisanerie a au fond peu changé depuis l’époque de Versailles, depuis le moment où La Bruyère évoquait les « ensorcelés de la faveur », « ils montent l’escalier d’un ministre, écrivait-il, ils n’ont rien à dire et ils lui parlent, les voilà contents, ils lui ont parlé ». 

Les courtisans sont là pour exaucer les souhaits non formulés du prince. Aujourd’hui, ils adorent le Touquet et lisent Paul Ricœur. Hier, ils riaient avec Christian Clavier, chantaient avec Didier Barbelivien, jadis ils mangeaient des ortolans, se délectait de tête de veau avec Chirac. Emmanuel Macron est peut-être plus lucide que ses prédécesseurs lorsqu’il dit n’avoir aucun ami. Plus précisément, en démocratie, au-delà de 50 % on a trop d’amis, en deçà de 20 % de cote de popularité on n’a même plus de courtisans. 

Intervenants
  • Docteur en sociologie et producteur des Matins de France Culture
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