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Une image du Lieutenant-Colonel Arnaud Beltrame attachée à un bouquet de fleurs déposé devant la gendarmerie de Carcassonne, le 25 mars 2018

Par-delà le bien

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Il y a semble-t-il une voie unique du bien, comme si le mal était immanent et le bien transcendant.

Une image du Lieutenant-Colonel Arnaud Beltrame attachée à un bouquet de fleurs déposé devant la gendarmerie de Carcassonne, le 25 mars 2018
Une image du Lieutenant-Colonel Arnaud Beltrame attachée à un bouquet de fleurs déposé devant la gendarmerie de Carcassonne, le 25 mars 2018 Crédits : ERIC CABANIS - AFP

Peut-être la question morale essentielle : qu’est ce qui conduit un homme comme Arnaud Beltrame à se livrer à la place de l’otage, au prix de sa vie ? Qu’est ce qui fait que le terroriste, lui, ne tremble pas dans l’accomplissement de son crime ?

Pour le terroriste, une expression galvaudée évoque la banalité du mal. Et pourtant, « le mal n’a rien de banal », comme le disait l’aumônier des Glières, « le mal est un problème pour les uns, un mystère pour les autres. » Par-là, il voulait dire qu’il n’est pas évident de comprendre pourquoi un individu choisit de faire le mal parmi la multitude d’autres actions qui s’offrent à lui. 

Un terroriste, ou n’importe quel forme d’assassin, choisit parmi les différents possibles qui s’offrent à lui et de se comporter de la sorte. Pour faire le bien, la démarche est tout autre : il y a semble-t-il une voie unique du bien, comme si le mal était immanent et le bien transcendant. C’est ce qui ressort de la multitude de témoignages d’individus qui ont fait le bien, comme si ce bien s’imposait à eux. 

Qu’est ce qui conduit un individu à être un juste, à cacher des enfants, à prendre la place d’un otage, à accompagner les enfants jusqu’aux camps d’extermination lorsque l’on est leur instituteur ? 

Ces milliers de personnes qui l’ont fait n’ont pas voulu diminuer la part d’humanité en eux. Comme le disait Malraux : « Nous en avons fait bien peu mais nous en avons fait assez pour être les vieilles des camps d’extermination, celles dont on rasait les cheveux blancs. »

Et bien la leçon de ces héros, ou de ces saints, c’est que le mal est multiple et le bien unique. Ceux qui ont eu à faire le bien n’ont pas pu agir autrement, quelque chose les a empêchés de choisir toute autre forme d’action, comme si une grande force les contraignait à faire le bien, à être des justes, au risque de leur vie, acceptant l’idée du sacrifice. 

Comme en témoigne le face à face d’Arnaud Beltrame et du terroriste, si le mal est multiple alors que le bien est unique, c’est que l’on choisit de commettre le mal, alors que c’est le bien qui vous choisit. 

Intervenants
  • Docteur en sociologie et producteur des Matins de France Culture
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