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Le philosophe et sociologue français Jean Baudrillard en 2001.

Que dirait Jean Baudrillard des gilets jaunes ?

2 min

Et si le sociologue Jean Baudrillard était là, que dirait il des gilets jaunes ?

Le philosophe et sociologue français Jean Baudrillard en 2001.
Le philosophe et sociologue français Jean Baudrillard en 2001. Crédits : ERIC FEFERBERG - AFP

Eh bien, figurez-vous qu’il en a déjà parlé même s’il est mort en 2007… Mais un an avant sa mort, en 2006, Baudrillard rédigeait un drôle de texte, un texte à sa manière, dans le journal Libération, pour réagir aux manifestations d’étudiants dirigées contre le CPE. Le CPE était une formidable trouvaille de Dominique de Villepin, alors premier ministre, et de son directeur de cabinet, un certain Bruno Lemaire. Il s’agissait de créer un smic jeune, pour lutter contre le chômage des jeunes. Une idée qui a très bien fonctionné puisqu’elle avait bloqué les facs et la France pendant une bonne poignée de semaines… 

Et elle avait inspiré à Baudrillard un texte ou il disait notamment, «  les jeunes et les étudiants se battent eux aussi pour sauver une vieille idée, celle de la révolte, et laisser croire qu'il y a encore, au fond de cette société stagnante et croupissante, dont les seuls idéaux sont devenus ceux du confort, de la performance et de la sécurité, une force vive et irréductible, de refus et de subversion ». Et alors, Baudrillard ajoutait immédiatement, « le plus drôle et le plus pathétique là aussi, c'est que ces jeunes le font en revendiquant exactement les modèles de vie et de société, de programmation économique de travail et d'existence qui sont à l'origine de l'ennui et du désenchantement de cette même société ». 

Je pense que Baudrillard aurait utilisé exactement les mêmes termes au sujet des gilets jaunes, car finalement que veulent-ils ? Les gilets jaunes se révoltent non pas pour changer le monde, mais c’est une révolte pour mieux l’intégrer, si l’on souhaitait utiliser le jargon sociologique, on dirait une révolte non pas par excès d’intégration mais par défaut d’intégration. Ils ne disent pas un autre monde est possible mais nous voulons le même monde avec nous à l’intérieur, parce que tout les incite à croire que le monde est en train de se faire sans eux. Par l’automatisation, l’intelligence artificielle, mille nouveautés aux noms barbares qui feront le futur, les gilets jaunes ont l’impression de financer un futur qui les mettra au bord de la route. En d’autres termes de travailler pour un système qui travaille à leur exclusion. 

Intervenants
  • Docteur en sociologie et producteur des Matins de France Culture
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