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Une employée de la SNCF marche sur un quai vide à la Gare de Lyon, le 2 avril 2018

La bataille ferroviaire

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Pour Thomas Hobbes, rien n’est pire qu’un conflit au sein de la société qui ne repose pas sur des arguments précis mais sur le sentiment diffus que ce qui est en jeu, c’est la réputation des uns contre celle des autres.

Une employée de la SNCF marche sur un quai vide à la Gare de Lyon, le 2 avril 2018
Une employée de la SNCF marche sur un quai vide à la Gare de Lyon, le 2 avril 2018 Crédits : CHRISTOPHE SIMON - AFP

La bataille ferroviaire : tous vos journaux insistent ce matin sur la grève qui débute à la SNCF et qui terminera on ne sait quand. Gouvernement versus syndicats, on se croirait dans du Hugo. La Légende des siècles : « Ils se battent — combat terrible! — corps à corps. »

Car ce qui revient dans tous les commentaires, c’est qu’il s’agit d’un conflit même plus social, d’une guerre, d’une guerre sans reddition possible. Et tout est fait de part et d’autre pour dramatiser l’enjeu comme si l’on ne faisait ni quartier ni prisonnier, comme s’il s’agissait de la pire des configurations : celle où le gouvernement veut montrer qu’il va réussir là où tous ses prédécesseurs ont échoués, tandis que les syndicats, eux, aspirent à prouver qu’ils peuvent faire rendre gorge à ces velléités de réforme.

Voilà la pire des configurations pour ceux qui se refusent à penser le social en terme radicaux, qu’il s’agisse de la radicalité de la réforme ou de son envers, la radicalité de l’état actuel des choses. Ca n’est pas moi qui le dis mais le philosophe Thomas Hobbes. 

Car pour l’auteur du Léviathan, rien n’est pire qu’un conflit au sein de la société qui ne repose pas sur des arguments précis mais sur le sentiment diffus que ce qui est en jeu, c’est la réputation des uns contre celle des autres. Comme l’écrit Thomas Hobbes, « nous trouvons dans la nature humaine trois principales causes de discorde : tout d'abord, la Compétition ; en second lieu, la Défiance ; et, en troisième lieu, la Gloire ». 

Et bien la mauvaise nouvelle, c’est que ce conflit social réunit les trois causes de discordes soulignées par Hobbes : la compétition, la défiance et la gloire. Et comme le pensait Hobbes, le bruit des batailles rend sourd – dans un conflit social de ce type, chacun à des points, plus personne n’a d’oreilles.

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  • Docteur en sociologie et producteur des Matins de France Culture
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