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Représentation de Simone Weil dégradée par des croix gammées le 11/02/2019 dans le 13ème à Paris.

Comment expliquer l’augmentation des actes antisémites ?

2 min

En comprenant ce que la haine antisémite signifie aujourd’hui. Car l’antisémitisme a largement changé de sens entre les années 1930 et aujourd’hui.

Représentation de Simone Weil dégradée par des croix gammées le 11/02/2019 dans le 13ème à Paris.
Représentation de Simone Weil dégradée par des croix gammées le 11/02/2019 dans le 13ème à Paris. Crédits : JACQUES DEMARTHON - AFP

Au début du siècle, la haine du juif, c’est la haine de l’élément étranger, inassimilable — les juifs sont alors un peuple paria, selon le mot du sociologue Max Weber, vivant nécessairement à l’intérieur et à l’extérieur des sociétés avec lesquelles ils doivent cohabiter. 

Et lorsqu’il s’agit de comprendre l’antisémitisme des années 1930, on évoque le choc de l’entrée des juifs dans la modernité, autrement dit, la réaction à leur intégration progressive. Si l’on avait demandé aux sociologues du début du XXème siècle où est-ce qu’un massacre de juifs avait le plus de chance de se produire, ils auraient répondu sans hésiter en France ou en Russie, car les juifs allemands étaient sans conteste les plus assimilés. 

Mais justement, la spécificité de l’antisémitisme nazi, si l’on suit par exemple Hannah Arendt, c’est d’invoquer l’assimilation en cours pour justifier l’extermination, d’où les premières mesures qui consistent à distinguer les juifs avec l’étoile jaune, à les rassembler… Le nazisme est une religion séculière reposant sur l’antisémitisme : il propose aux aryens un salut, comme dans une religion, par l’extermination des juifs — les juifs étant la cause de tout, l’antisémitisme étant donc la solution à tout. 

L’antisémitisme contemporain a un tout autre visage… Outre qu’il fait preuve d’une singulière lâcheté — s’en prendre aux arbres plantés en mémoire d’Ilan Halimi, taguer une représentation de Simone Weil… — il vise un groupe qui, à ses yeux, incarne le système. L’antisémitisme s’est quenellisé, la quenelle ce geste crétin inventé par Dieudonné qui imite un geste nazi sans l’assumer tout à fait. L’antisémitisme ne vise plus à protéger un système, mais à le dénoncer. Hitler prône l’antisémitisme pour défendre la société, Dieudonné prône l’antisémitisme pour en finir avec la société actuelle. Car les juifs en sont venus aujourd’hui à incarner le système. 

Ce n’est pas nouveau, depuis des décennies l’assimilation des juifs à l’argent, ou au cosmopolitisme est à la base même de l’antisémitisme. Ce qui est nouveau, en revanche, c’est que l’antisémitisme est devenu une anti religion séculière. Ce n’est plus pour défendre la société que l’on hait les juifs, c’est parce que l’on déteste la société que l’on déteste les juifs.

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