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Niska au Zenith à Paris en avril 2018

Le rap continu à faire polémique

2 min

C’est un cycle qui s’opère, celui du retour de la musique provocatrice et engagée.

Niska au Zenith à Paris en avril 2018
Niska au Zenith à Paris en avril 2018 Crédits : David Wolff - Patrick - Getty

Avec des textes violemment misogynes, avec des chansons qui tournent le dos au romantisme de certaines chansons d’amour, voilà la remise en question sa participation à la fête d’Ivry-sur-Seine – oui, parce qu’il ne s’agit pas de Médine, mais d’un autre rappeur dont j’avoue ne jamais avoir entendu parlé – celui-ci s’appelle Niska. Je vais vous faire grâce des propos qu’il tient sur les femmes, et si je vous en fais grâce, ça n’est pas pour respecter le droit d’auteur. 

Mais au-delà de son cas, c’est finalement l’ensemble du rap qui est là pour faire polémique : Médine bien sûr, mais aussi Niska ou bien encore Sexion d’assaut, Black M et j’en passe. 

Et en réalité, c’est un cycle qui s’opère – celui du retour de la musique provocatrice et engagée. Lorsque j’étais jeune, j’écoutais du punk. Et dans le punk, tout était fait pour provoquer – jusqu’au film des Sex Pistols qui s’intitulait The Great rock and roll scandal, et qui fit scandale puisque Sid Vicious, le chanteur du groupe, arborait un T-shirt à croix gammée dans les rues du quartier juif à Paris. 

En dehors des Sex Pistols, il y avait compétition de provocation : les Dead Kennedys chantaient California Uber Alles, les Stranglers se montraient d’une misogynie radicale et chantaient les louanges des cannibales. Quant aux Clash, ils proposaient une chanson dont le titre était ambigu, même si le contenu ne l’était pas : White Riot, émeute blanche. 

En fait, le punk a été une longue recherche de ce qui était le plus susceptible de choquer les adultes – à l’époque je ne l’étais pas – des Ramones aux Sluts, en passant par les groupes français qui répondaient aux doux noms de Felix putain et ses caddies ou bien encore l’Anus occulte – personne ne vous en voudra si vous ne vous souvenez pas d’eux. 

C’était alors les mêmes rengaines, interdiction, polémique, passage sous le manteau, etc. Ces groupes usaient de la provocation dans un but mi-politique mi-publicitaire, parfois d’ailleurs dans les deux buts. Pendant longtemps ensuite, la musique a cessé d’être politique, sauf la musique des jeunes noirs américains. C’était d’ailleurs la prophétie des Clash dans White Riot, appelant les jeunes blancs à se révolter comme les noirs. 

Aujourd’hui les codes ont changé, les jihadistes ont remplacé les nazis dans les codes de la provocation, les rappeurs ont pris la place des punks. Mais au fond du punk au rap, ce sont toujours les mêmes causes qui produisent les mêmes effets. 

Intervenants
  • Docteur en sociologie et producteur des Matins de France Culture
L'équipe
Production
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