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Carlos Ghosn

Carlos Ghosn : l'Homo Hubris

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Carlos Ghosn, ex-PDG de Nissan et actuel patron de Renault, est soupçonné d'avoir dissimulé une partie de son salaire au fisc japonais. Il a été arrêté et placé en garde à vue à Tokyo.

Carlos Ghosn
Carlos Ghosn Crédits : TOSHIFUMI KITAMURA - AFP

Donc Carlos Ghosn a décidé de faire pleurer Max Weber. Je m’explique, le sémillant patron de Renault Nissan, a donc été arrêté au Japon où il est une sorte de star. On lui reproche des malversations au sein de l’entreprise et de la fraude fiscale. Ce qui est cocasse, c’est que cet homme a touché la modique somme de 89 millions de dollars de rémunérations en l’espace de cinq ans, somme qui devait lui paraître insuffisante, puisque selon le Financial Times, il n’a jugé bon que d’en déclarer la moitié au fisc. Jusqu’ici cette histoire raconte la cupidité sans limite d’un autocrate, qui, ajoute le Financial Times a eu d’autant plus de facilité à se livrer à ces malversations qu’il dirigeait Renault Nissan d’une main de fer depuis dix-huit ans. Mais surtout, cette histoire marque une vraie rupture par rapport à la théorie classique du capitalisme, celle que raconte Max Weber dans l’esprit du capitalisme et l’éthique protestante. A en croire Weber, ce qui distingue le vrai capitaliste de ses prédécesseurs, ce n’est pas l’appât du gain. Celui-ci n’est en rien une nouveauté apparue au XIXème siècle. Si le capitaliste se distinguait par son appât du gain, alors les pirates, les aventuriers, seraient de grands capitalistes. Or, ce qu’explique Weber, c’est que le prototype du capitaliste est un homme soumis à une éthique protestante, ce qui le distingue c’est son surmoi ici-bas, car selon Weber, si le capitaliste veut réussir ici-bas, c’est pour se persuader de son élection divine, ces succès dans cette vie en annoncent d’autres dans le monde d’après. Et Weber de se pencher sur les propos de Benjamin Franklin, des capitaines d’industrie aussi noceurs et disposés à l’hédonisme qu’une porte de prison. Plus ils sont ascétiques, vertueux, durs à la tâche, plus ils pensent réussir. Avec Ghosn, l’ex-patron de Nissan Renault, le modèle est autre. Cet homme n’a pas été embarrassé par ses malversations, il a même osé mettre en péril son entreprise dans une série d’actes délictueux. Lénine disait que le capitalisme était tellement cupide qu’il vendrait la corde pour se pendre – Carlos Ghosn après avoir vendu la corde a semble-t-il, tenté de se mettre la TVA dans la poche.  

Numéro 1, Numéro 1 ou bien plutôt à la une de tous vos journaux, un sans-faute ou presque pour Carlos Ghosn arrêté à Tokyo : le patron du premier constructeur automobile mondial est soupçonné de fraude fiscale. Une actualité en percute une autre… D’un côté, des conducteurs qui manifestent en gilet jaune parce que les taxes augmentent sur les carburants, de l’autre, voilà un PDG payé 15 millions d’euros par an en moyenne qui trouve le moyen de dissimuler une partie de sa rémunération au fisc. Libération lui donne zéro de conduite ; Les Echos évoquent une icône déboulonnée, l’humanité parle d’une avidité sans foi ni loi. Disons pour faire court qu’aucun de vos journaux ne réussit à concilier les malversations dont est accusé Carlos Ghosn avec la rationalité prêtée à l’Homo Economicus, avec en filigrane un mot, il est à trouver dans le Financial Times, celui d’hubris, de démesure, peut-être qu’avec une petite augmentation d’un ou deux millions, Ghosn aurait renoncé à frauder le fisc, peut-être ou pas… Sans lien aucun, c’est aussi à lire à la une des Echos, les banques françaises sont prêtes pour les virements instantanés, la possibilité de virer de l’argent en quelques secondes va être mise en place pour contrer les applications sur smartphone qui fleurissent et permettent de payer de cette manière-là. De l’autre côté de la bourgeoisie, si l’on s’éloigne de Ghosn, il est question des gilets jaunes… Et la presse régionale évoque la mobilisation… Dans les landes la mobilisation reprend pour le troisième jour, évoque Sud-Ouest, les blocages se sont poursuivis hier en Nouvelle-Aquitaine et les manifestants interrogés dans Sud-Ouest semblent déterminés à poursuivre le mouvement. Sandrine, une intérimaire, veut bloquer la RN 10, Mickael, chauffeur routier veut poursuivre le mouvement à la Rochelle…  Dans le Béarn, 400 manifestants se sont massés hier aux entrées d’hypermarchés à Pau. Pour la Voix du Nord, ça sent l’enlisement… à côté d’Henin Beaumont, les manifestants ont bloqué l’immense zone commerciale d’Auchan Noyelles Godault. L’union de Reims à une autre vision des choses, pour le quotidien on a affaire aux derniers bastions… d’ailleurs le journal s’orne d’une publicité pour des hypermarchés qui se sont mis à l’heure américaine puisqu’ils organisent jeudi une promotion intitulée Black Friday – alors certes cela ne se dit pas Yellow Friday, mais cela veut quand même dire jeudi noir… 

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