LE DIRECT
Des manifestants durant la March for Our Lives à OKLAHOMA CITY

La peine capitale

2 min

C’est l’Etat qui inflige la peine de mort tandis que le port d’arme, lui, banalise la notion de légitime défense.

Des manifestants durant la March for Our Lives à OKLAHOMA CITY
Des manifestants durant la March for Our Lives à OKLAHOMA CITY Crédits : J Pat Carter / GETTY IMAGES NORTH AMERICA - AFP

Des armes et de la mort, deux informations a priori distinctes…

D’une part, l’Etat de l’Oklahoma vient d’annoncer qu’il exécuterait dorénavant ses condamnés par inhalation forcée d’azote. D’autre part, Remington, fabricant d’armes américain a annoncé qu’il déposait son bilan, ce qui va obliger les Américains à s’entretuer chinois. Dans les deux cas, un rapport à la peine de mort, qu’elle soit infligée par l’Etat ou par de simples citoyens. Une vraie différence entre la France et les Etats-Unis. 

Chez nous, aucun parti, aussi extrême soit-il, ne réclame le rétablissement de la peine de mort. Même par ces temps de terrorisme, autoriser le port d’arme pour tous n’a simplement jamais été évoqué. Parce que c’est l’Etat qui inflige la peine de mort tandis que le port d’arme, lui, banalise la notion de légitime défense. 

L’Etat, en France, détient théoriquement le monopole de la violence. Les individus, au contraire, en sont dépossédés. Dans l’hexagone, l’Etat est réputé fort, et même invincible. Dès lors aucun criminel, aussi grand soit-il, ne peut véritablement le menacer.

Au contraire, aux Etats Unis, tout le monde est réputé en état de légitime défense. Le fermier de l’Utah qui surprend un voleur chez lui, l’automobiliste qui croit percevoir un comportement menaçant, mais aussi l’Etat de l’Oklahoma qui décide d’ôter la vie à un criminel. Tout se passe comme si l’Etat était considéré comme aussi faible que l’individu, ce qui sonne comme une incongruité à nos oreilles jacobines. 

Pour nous, permettre à n’importe qui de porter une arme, et d’en user, c’est créer une double menace. La première : exposer le pays tout entier au danger d’être tué au détour d’une rue. La seconde, aussi inquiétante, consiste à dire que l’Etat n’est pas suffisamment fort pour protéger efficacement ses sujets.

La permanence de la peine de mort, du port d’arme, ne relève pas d’un choix conjoncturel. Il ne s’agit pas de modifier une loi, mais d’un bouleversement anthropologique : changer le rapport à l’Etat. Voilà pourquoi la peine capitale demeure capitale pour comprendre les Etats.

Intervenants
  • Docteur en sociologie et producteur des Matins de France Culture
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......