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Manifestant(e)s dans la rue pour la journée internationale pour l'élimination des violences faites aux femmes le 24 novembre 2018.

Bienvenue dans l’ère des révoltes thymotiques.

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Oui, alors, évidemment, il va falloir définir ce qu’est le thymos et les révoltes thymotiques. Mais avant cela, je voulais souligner une erreur.

Manifestant(e)s dans la rue pour la journée internationale pour l'élimination des violences faites aux femmes le 24 novembre 2018.
Manifestant(e)s dans la rue pour la journée internationale pour l'élimination des violences faites aux femmes le 24 novembre 2018. Crédits : AFP - AFP

Cette erreur consiste à distinguer deux protestations qui ont eu lieu ce weekend : la manifestation des femmes sous le #noustoutes pour protester contre les violences et les discriminations perpétrées contre les femmes, d’une part, et d’autre part la colère des « gilets jaunes ». 

Alors, beaucoup a été fait pour distinguer ces deux protestations, et l’on a eu tort — je ne parle pas du déroulement des manifestations, bien sûr, mais de leur sens général. Car au fond, qu’est ce qui est demandé au travers du #noustoutes ? Une demande d’égalité et de dignité ; l’idée selon laquelle la différence des sexes ne peut pas, ne peut plus, justifier une quelconque différence de traitement. 

Et c’est très précisément ce que le politiste Francis Fukuyama appelle une révolte thymotique — le thymos étant chez les grecs la glande de l’amour propre. Si une telle glande n’existe pas pour les modernes, le sentiment en revanche est l’un des sentiments les plus puissants qui soit — car toute une série de colères contemporaines, des printemps arabes au mouvement #meetoo, sont liées à cette glande, au thymos, ce sont des appels à la dignité, des demandes pour être à la fois reconnus et mis sur un pied d’égalité par rapport aux autres.

De la même façon, la revendication originelle des « gilets jaunes » relève du thymos, elle consiste à dire, nous voulons pouvoir vivre de notre travail, sous-entendu ce sont les taxes et autres impôts qui nous conduisent à vivre dans un sentiment de précarité et d’indignité. 

Dans les deux cas, du #noustoutes aux « gilets jaunes », il s’agit de lutter pour la reconnaissance, et ce sont ces luttes-là qui sont à l’origine des révolutions, bien plus que les luttes fiscales. L’histoire des hommes, chez Hobbes par exemple, est l’histoire des luttes pour la reconnaissance, une revendication de dignité. 

Et finalement c’est une bonne nouvelle que les « gilets jaunes » et les #noustoutes se rejoignent sur ce point parce que, contrairement à ce que l’on peut lire, si les revendications sont les mêmes, cela signifie que chacun de ces mouvements aspire à participer à une seule et même société. 

Intervenants
  • Docteur en sociologie et producteur des Matins de France Culture
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