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Un gilet jaune demandant la démission d'Emmanuel Macron le 2 décembre 2018.

La haine est une catégorie impolitique

2 min

De Gaulle aussi a été conspué…

Un gilet jaune demandant la démission d'Emmanuel Macron le 2 décembre 2018.
Un gilet jaune demandant la démission d'Emmanuel Macron le 2 décembre 2018. Crédits : JEAN-FRANCOIS MONIER - AFP

Oui, on raconte qu’au plus vif du conflit algérien, De Gaulle, accompagné de Massu, a été hué dans la rue, il s’est alors retourné vers son accompagnateur en lui disant, « qu’est-ce que vous pouvez être impopulaire ici Massu… » Mais aujourd’hui il n’y a plus de Massu et chacun de nos présidents est plus hué que le précédent, Sarkozy, Hollande et maintenant Macron. Avec ces scènes surprenantes d’un Macron déjà conspué lors de son itinérance mémorielle — rappelez-vous, c’est comme cela qu’il fallait appeler le voyage et les commémorations d’Emmanuel Macron autour du 11 novembre — jusqu’aux cris et aux insultes lors de sa venue, inopinée, hier, à la préfecture du Puy en Velay. 

Pour expliquer la violence de ces réactions, il est de mise d’invoquer la personnalité des présidents, mais trois personnalités — aussi dissemblables que nos trois derniers présidents — ont été copieusement huées, Hollande n’a dû son répit qu’à la période des attentats. 

Alors, pourquoi cette haine ? Eh bien, celle-ci est le symptôme de la dépolitisation en cours dans nos sociétés. Car la haine, comme la peur, n’est pas une catégorie politique. La politique propose des alternatives, des dialectiques, des balancements, on doit être dur avec les idées, et pas avec les personnes. Alors, je m’en voudrais de franchir le point Godwin avant 7 heures du matin, mais ceux qui considèrent que la haine est une catégorie politique sont ceux qui, à la suite du penseur nazi Carl Shmitt, répètent que la politique c’est la distinction de l’ami et de l’ennemi. 

Or, l’ensemble de la vie politique en démocratie prouve le contraire : en politique il n’y a pas d’ami et d’ennemi, il y a des alliances, des mésalliances, des rapprochements, des ruptures, tout se compose et se recompose, depuis l’union de la gauche jusqu’à l’alliance des 5 étoiles avec la Ligue. La politique, c’est justement ce qui permet de faire reculer la haine, parce que l’on peut être hostile à un système fiscal, ce système fiscal peut être une erreur, une erreur radicale, mais ce n’est pas un ennemi. En fait, la haine est une catégorie impolitique, impolitique comme impossibilité du politique, impolitique, pour reprendre le terme de Julien Freund, sociologue, grand résistant qui a fini très à droite sur l’échiquier politique. Freund appelait impolitique toutes les forces qui résumaient les convulsions du système démocratique. 

Aucun démocrate ne devrait se réjouir aujourd’hui de ce déferlement de haine car elle n’est pas dirigée contre un politique mais contre la politique. 

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