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Couverture des Inrockuptibles avec Raphaël Glucksmann.

Délicat sujet de la doudoune et de la gauche

2 min

C’est la couverture des Inrocks, avec Raphaël Glucksmann, qui m’a mis le logo à l’oreille. Alors, sur cette couverture, on voit Raphaël Glucksmann, essayiste, fondateur du mouvement de gauche Place Publique, armé d’un mégaphone et doté d’une doudoune, une doudoune bleu foncé.

Couverture des Inrockuptibles avec Raphaël Glucksmann.
Couverture des Inrockuptibles avec Raphaël Glucksmann. Crédits : © Les Inrockuptibles

Modification le 6 février à 16h : 

Contrairement à ce qui a été dit à l’antenne ce matin, la doudoune que portait Raquel Garrido n’est pas une Canada Goose. Nos excuses à Raquel Garrido et Canada Goose. 

Rien de notable sur cette photo, car ce qui est notable c’est ce qui n’y est pas : un petit logo sur la manche de cette doudoune, indiquant que cette doudoune est une Canada Goose, marque canadienne, marque onéreuse. 

Pourquoi les Inrocks ont-ils décidés d’effacer le logo ? Est-ce pour des considérations esthétiques, pour ne pas faire de pub à cette marque en couverture ? Une hypothèse vraisemblable puisque, dans les pages intérieures du magazine, on retrouve la doudoune de Glucksmann munie cette fois ci de son logo. Les Inrocks ont-ils décidé de supprimer ce logo pour des raisons esthétiques donc, comme ils l’expliquent, ou pour des raisons politiques, afin de ne pas nuire à la cohérence du mouvement — sous-entendu un vrai homme de gauche ne peut pas avoir de Canada Goose. Qu’est-ce qu’il peut porter ? Je n’en sais rien moi, disons une Celio s’il est social-démocrate, ou bien carrément une Quechua s’il est NPA, la gageure consistant à en trouver une sans marque mais j’imagine que c’est beaucoup plus cher. 

Ce n’est  pas la première fois que la gauche est confrontée à cette délicate question de la doudoune, puisque Raquel Garrido de la France Insoumise a, elle aussi, été photographiée en gilet jaune lors d’une manif, mais un gilet jaune portée sur une Canada Goose, l’un, en quelque sorte, annulant l’autre, un peu comme si elle avait levé le poing, et que l’on avait vu à son poignet une Rolex. 

Cette histoire de doudoune témoigne d’une demande, finalement aussi vieille que la gauche, de cohérence entre le mode de vie et les idées, aussi vieille que Paul Nizan à qui l’on reprochait d’être un communiste habillé comme un dandy. Mais cela témoigne aussi du formidable triomphe du logo. Car, au fond, rien ne distingue cette doudoune d’une autre doudoune s’il n’y avait pas ce logo, ce que Freud appelait le narcissisme des petites différences : distinguer les choses par des détails, des détails qui révéleraient des abîmes. 

Qu’est-ce qui distingue deux doudounes, comme se demandait l’autre, et la critique adressée à ceux qui les portent vaut finalement aussi pour les partis politiques : qu’est-ce qui distingue deux partis ? 

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