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La cagnotte pour Christophe Dettinger aurait rassemblé 146 000 euros avant d'être fermée. (Capture d'écran) Leetchi

Que faire de la cagnotte du boxeur ?

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Oui, je ne veux pas dire comment la dépenser, mais comment l’interpréter.

La cagnotte pour Christophe Dettinger aurait rassemblé 146 000 euros avant d'être fermée. (Capture d'écran) Leetchi
La cagnotte pour Christophe Dettinger aurait rassemblé 146 000 euros avant d'être fermée. (Capture d'écran) Leetchi Crédits : Radio France

Cette somme d’argent réunie en faveur de Christophe Dettinger cet ancien boxeur filmé en train de frapper un gendarme au cours de l’acte VIII des « gilets jaunes ». Cette cagnotte, avant d’être fermée par le site sur laquelle elle était collectée, avait réuni plus de 150 000 euros, avec 8 000 donateurs. 

Alors, de deux choses l’une. Première solution, la France est divisée entre deux systèmes de valeur, une partie des français serait pour les gendarmes, l’autre pour les boxeurs. Les uns considéreraient que les gendarmes ont le monopole de la violence physique légitime, les autres que la violence juste est toujours du côté des protestataires. Ou bien, seconde hypothèse, tous les français partagent les mêmes valeurs, mais les uns considèrent que le boxeur est l’agresseur, les autres qu’il est l’agressé. 

Eh bien moi je pense qu’en France, ces débats moraux ne sont jamais binaires, qu’ils sont toujours complexes, le jugement moral que l’on peut formuler au sujet du boxeur est finalement une question qui taraude notre tradition philosophique depuis au moins Pascal. Car la question depuis Pascal est de savoir, qui, au jardin des Oliviers était en surnombre, qui est le pécheur, qui est l’homme vertueux, qui est l’homme bon, qui est le pharisien, autrement dit l’hypocrite qui se drape dans la religion. D’où l’inquiétude de Pascal, où est le christ, Jésus sera en agonie jusqu’à la fin du monde et pendant ce temps-là, nous dit Pascal, il ne faut pas dormir. 

Cette difficulté de juger les hommes mauvais, ou bien encore de la bonté des hommes mauvais, a donné naissance à ce qui est probablement le plus grand dilemme moral français disponible sous forme de roman, je veux parler bien sûr des misérables de Victor Hugo. Au cœur des Misérables il y a un destin, celui de Jean Valjean, bagnard, auteur des pires crimes : voler un homme de bien, Monseigneur Myriel, dérober cet homme qui se dévouait aux autres, mais aussi et surtout, et c’est cela son crime capital, dérober les 40 sous d’un enfant, les 40 sous de Petit Gervais. Les Misérables est l’histoire de la conversion d’un homme : comment Jean Valjean, sortira-t-il des égouts moraux où il s’était enfoncé. Et probablement en chaque Français demeure ce balancement hugolien, rien n’est parfois plus difficile à distinguer que le bien du mal.

Intervenants
  • Docteur en sociologie et producteur des Matins de France Culture
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