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Un protestant lance une cartouche de gaz lacrymogène contre les forces de l'ordre à Notre-Dame-des-Landes le 10 avril 2018

NDDL sous les feux de la violence

2 min

On entend dire qu’il fallait intervenir, faute de quoi l’Etat français aurait été bafoué partout, les zadistes pouvant s’emparer de votre lit.

Un protestant lance une cartouche de gaz lacrymogène contre les forces de l'ordre à Notre-Dame-des-Landes le 10 avril 2018
Un protestant lance une cartouche de gaz lacrymogène contre les forces de l'ordre à Notre-Dame-des-Landes le 10 avril 2018 Crédits : LOIC VENANCE - AFP

Il fallait une intervention à Notre-Dames-des-Landes, parce que la ZAD menaçait la légalité républicaine, c’est une idée qu’il faut déconstruire. Mais auparavant, que les choses soient claires : toute violence est condamnable, rien ne justifie que l’on lance un cocktail molotov sur un CRS. Toute violence est condamnable, et en l’occurrence la violence de l’Etat aussi à NDDL est condamnable, notamment parce qu’elle est inutile. 

On entend dire qu’il fallait intervenir, faute de quoi l’Etat français aurait été bafoué partout, les zadistes pouvant s’emparer de votre lit, là maintenant dans quelques minutes, quand vous vous brosserez les dents. C’est la fameuse rhétorique de la pente glissante : elle consiste à dire de manière absolument mensongère que lorsqu’une chose est faite, et bien une multitude de choses peuvent se produire. 

Mais les zadistes n’ont jamais convoité votre lit. En revanche, ils ont convoité des champs qui étaient inexploités, ils ont été un peuple sans terre sur une terre sans peuple. Cette terre était destinée à devenir ce que l’on sait, mais après une bataille désormais bien connue, le projet d’aéroport a été abandonné. Or, cette terre appartient désormais à Vinci, groupe de BTP. Dès lors une question se pose : que va faire Vinci dans ces champs, faire pousser des autoroutes, semer du béton en attendant qu’il germe ?

L’Etat et Vinci, dans leur grande sagesse, aurait fort bien pu louer ces terres aux zadistes. La France manque cruellement de champs, c’est pour cela qu’on refuse d’en vendre aux Chinois, est-ce raisonnable dans ces conditions de les laisser en jachère ? 

Si l’on avait loué cette terre aux zadistes, la légalité républicaine aurait été respectée et personne n’aurait été lésé, que je sache, personne aujourd’hui ne se bat pour cultiver la terre de NDDL. Mais l’on a préféré utiliser la pire des politiques, la politique de la testostérone, montrer que l’on en avait, que l’on avait des principes, autrement dit comme le dit le sociologue Max Weber, une « éthique de conviction ». 

Hélas, comme le dit également Max Weber, le politique n’a pas à avoir une éthique de conviction, il a d’abord à faire preuve d’éthique de responsabilité, et agir en responsable, c’était tout d’abord signifier à NDDL que l’Etat français n’est pas menacé par des dreadlocks. La justice aurait pu passer, en louant ces terres, mais l’Etat a préféré le désordre, et c’est regrettable, l’injustice est le pire des désordres. 

Intervenants
  • Docteur en sociologie et producteur des Matins de France Culture
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